Lettre de lecteur: La fortune de Ravalomanana aux enchères politiques PDF Imprimer Envoyer
Jeudi, 05 Juillet 2012 07:40
Un train peut en cacher un autre. Les intérêts de sa mouvance ne sont pas les intérêts de Marc Ravalomanana. C’est le dernier paradoxe qui bloque la sortie de crise. On pensait que les manœuvres de blocage jouaient  en faveur des intérêts politiques de l’ex-président, démissionnaire,  parti en exil, elles serviraient plutôt à retarder l’heure d’un règlement des comptes.

Paradoxalement, aucun membre éminent de sa mouvance n’a  intérêt à voir  Ravalomanana débarquer à l’aéroport dans l’immédiat. C’est une simple affaire de gros sous et non de souci de l’ordre public, ni de politique politicienne.  Un éventuel retour de l’ex, mettrait fin à la curée dont sa fortune fait l’objet depuis 2009 ainsi qu’à la manne du financement des troubles. En l’absence du maître, les valets et les domestiques vident la maison et la squattérise. Olga Ramalason, maire d’Antsirabe, actuelle ministre du commerce, et son mari, Lanto Rabenatoandro, ancien chef de région de Vakinankaratra, fief de Ravalomanana, ont vendu camions, machines-outils, production, etc. Bref, tous les avoirs meubles et immeubles de la société Tiko d’Antsirabe. A travers leur exemple, sa mouvance n’a, donc, aucun intérêt au retour de l’ancien Président, tout le reste est du cinéma.

Avec un peu de réalisme et  beaucoup de patriotisme, du sens du dialogue et des concessions mutuelles, on aurait pu faire l’économie de la grosse polémique sur la consensualité et l’unilatéralisme, mais la politique a ses raisons que le patriotisme ignore.  Trois années ont été nécessaires pour faire admettre à la mouvance Ravalomanana qu’elle a perdu la bataille d’un retour au pouvoir, selon une constitution dépassée par les événements. Après des incursions africaines, à Maputo, Addis-Abeba, Gaborone ou Pretoria, après la signature d’une Feuille de route, le bras de fer  a été relancé avec la présence des membres de la mouvance de l’ex, au sein du gouvernement. Le boycott des conseils de gouvernement et de ministres est la dernière trouvaille en date pour reculer une fois de plus, la sortie de crise.

Qui a peur d’une sortie de crise ? Les grèves des instits, des profs d’université, des infirmiers ou paramédicaux, les bombinettes, les rebellions au sein des casernes ou les manifs avortées au nom de la… démocratie, sont tout sauf une défense de la démocratie ou des mesures d’apaisement ni encore moins, un combat pour la légalité. C’est une question d’intérêts privés pour lesquels jouent les prérogatives de puissance publique. Le sieur Ralitera est le plus grand exportateur de zébus de Madagascar. Il n’est pas étranger à l’exportation frauduleuse de zébus volés à partir de rade secrète sur les côtes du Sud-Est ou de Fort-Dauphin.  Son épouse  Hanta Randriamandranto, ministre de l’Elevage, a boosté l’exportation de bovidés vivants, une mesure que les régimes successifs ont été unanimes à rejeter. L’affaire Remenabila prouve que la mesure de Hanta Randriamandranto est pour beaucoup, sinon la cause principale de la flambée du phénomène « Dahalo », le banditisme de grands chemins sur fond de vol de zébus. Cela n’empêche pas la ministre de l’Elevage de poursuivre coûte que coûte une politique des plus nocives et des plus suspectes. Le vice-Premier ministre Pierrot Botozaza tire beaucoup profit de ses accointances avec Marc Ravalomanana et confond les intérêts du Port avec les intérêts de son patron politique, mais aussi de ses propres intérêts. Il s’est accaparé de tous les biens de l’ancien Présodent sur lesquels il a pu mettre la main dans le port de Toamasina. Il va lui falloir tôt ou tard, rendre compte quand Ravalomanana débarquera à Madagascar. Il n’est pas donc pas très  pressé pour une rapide sortie de crise. Roland Ravatomanga n’est pas chaud lui aussi, pour un prompt retour à la normalisation. Cela mettra fin à ses opérations pour livrer à des squatteurs, des terrains du département de l’Agriculture à Nanisana, entre autres, grands terrains agricoles. Madagascar dispose de millions d’hectares cultivables en cette période de crise alimentaire mondiale. Daewoo, dont l’affaire a fait scandale en 2009, ne fait que prendre son mal en patience et d’autres aussi d’ailleurs ne perdent pas confiance.

Les négociations politiques se jouent toujours sur fond de d’arrangements « entre nous ». Dans la conjoncture malgache, elles devraient aussi porter sur la question du « butin » accumulé après le départ en exil du milliardaire Président. Les ministres du gouvernement d’union nationale, notamment de la mouvance  Ravalomanana ne sont donc pas chauds pour un retour du patron dans l’immédiat. Il faudrait qu’ils soient sûrs de ne pas être inquiétés pour leurs razzias et attendre qu’ils disposent d’un matelas assez épais pour une traversée du désert qui risque d’être longue. Cela sous-entend aussi le problème des fonds électoraux. Faute d’une fonction officielle, il faudrait se rabattre sur le Parlement ou les régions. Le retour du patron sera suivi immanquablement, par des départs. Il faut faire de la place pour les vieux amis, les compagnons d’exil, les militants, ceux qui ont souffert de leur fidélité et les hommes de l’ombre. On n’entend jamais l’opposition faire entendre la grosse voix contre Hery Rajaonarimampianina, ministre des Finances et du Budget. Il est curieux que le ministre qui détient la clé des grands désaccords, budget, salaires, impôts, douanes,  etc., est comme miraculeusement préservé des attaques de la mouvance Ravalomanana. En tout cas, il n’est jamais nommé ni dénigré ni victime d’un battage médiatique personnalisé. Il est, en tout cas, pour le moins bizarre que Hery Rajaonarimampianina se montre plutôt coulant sur la question des arriérés de la société Tiko. Christine Razanamahasoa, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, bénéficie des mêmes faveurs malgré les questions d’amnistie et d’affaires juridico-politiques.

Le futur Président de la République élu dépendra de ces arrangements. Les primaires de l’élection présidentielle montrent le bout du nez. L’événement médiatique ne relève pas tellement d’une quelconque stratégie de défense de Marc Ravalomanana ou de ses intérêts. Il prépare le terrain à une candidature tous azimuts. Mamy Rakotoarivelo, leader de la mouvance, vise loin et pour ce, il n’a aucun intérêt au retour de Marc Ravalomanana. Ce retour l’empêcherait  de jouer dans la cour des grands. Avant même la tenue de la rencontre Andry Rajoelina-Marc Ravalomanana, la guerre  de la succession est donc déjà ouverte. Elle commence toujours par une campagne de dénigrement par presse interposée.

Mino R.

Antananarivo 102