Rapport annuel 2011 du Bianco: Scepticisme généralisé... PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 20 Juillet 2012 07:31
Le Bureau Indépendant Anti-Corruption (Bianco) a présenté son rapport annuel d’activités, pour l’année 2011, hier à son siège à Ambohibao. Rapport que d’aucuns ont trouvé un peu trop technique, un peu trop conventionnel. Déception donc de la part de tous ceux qui s’attendaient à l’annonce d’un réel recul de la corruption dans la grande île.

Beaucoup de belles théories, un côté préventif très accentué, destiné au long terme. En attendant, sur le terrain, rien de nouveau sous le soleil : la chaîne anti-corruption est renforcée grâce à l’adhésion de nouvelle entités telles que le Comité pour la Sauvegarde de l’Intégrité présidée par le général de gendarmerie Herilanto Raveloharison, et le Médiateur de la République personnifié par Mme Monique Esoavelomandroso. Le ministère de la Justice, le service de Renseignements financiers (Samifin), la Chaîne pénale anti-corruption et le Bianco lui-même complètent le tableau. Mais que pourront-elles faire de vraiment concret ?

Malgré l’absence de « tout autre financement extérieur », le Bianco s’est attelé à la tâche et a réalisé rondement son programme d’activités pour 2011. Ainsi, comme pour la gendarmerie et l’armée par exemple, les Codes de conduite se généralisent dans d’autres secteurs. Le secteur privé, les confessions religieuses et la population rurale sont désormais impliqués. On n’a pas oublié de mentionner une plus grande « mobilisation » le long des axes routiers. Mobilisation qui n’a pas encore visiblement porté ses fruits en maints points desdits axes. Côté éducation, le Bianco et le ministère de l’Education nationale ont convenu de l’insertion du volet anti-corruption dans le programme scolaire.

Côté répression, le Bianco a reçu en 2011 5126 doléances dont seulement 20% relèvent de ses attributions, le reste étant du ressort des commissariats de police et des brigades de gendarmerie. Parmi ces dernières, 94% ont pu donner suite à enquêtes, les 6% étant non investigables. Sur les 48546 doléances reçues de septembre 2004 (date d’opérationnalisation du Bianco) à décembre 2011, seules 7938 concernent la corruption et ses infractions assimilées. C’est dire que les justiciables confondent souvent Bianco et « super police », à laquelle on s’adresse quand la confiance envers les gendarmes et policiers des brigades et commissariats chancelle.

Concernant le classement des services les plus ripoux (pourris) aux yeux du public, les collectivités décentralisées arrivent en tête, suivies de la gendarmerie nationale. Est-ce à dire que la pratique intensive de la corruption a reculé dans les villes ? On ne le sait. La justice se trouve en troisième position, puis viennent les services fonciers (domaines et topo). Et quand on jette un coup d’œil sur les fameuses déclarations de patrimoine, on s’aperçoit que du haut en bas de la pyramide des astreints, ceux qui s’y mettent sont largement minoritaires.

Le Bianco déclare que la lutte contre la corruption est un travail de longue haleine. Et que l’engagement, la volonté politique et le soutien des dirigeants en garantissent la réussite. Et enfin, que la détermination et la persévérance de tous conditionnent le succès. Il affirme également que la confiance du public est gage de la réussite de la lutte. Et c’est là que le bât blesse : tant que les pourris d’en haut continuent à jouir d’une honteuse et publique impunité, le Bianco sera toujours soupçonné de connivence. Autrement dit, qu’il fasse rapidement ses preuves, car les gens ne sont pas aveugles.

Bernard Saraléa