Courrier des lecteurs: L’église FJKM entre la foi et Marc Ravalomanana PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 20 Juillet 2012 07:35
Dieu a abandonné Madagascar. Quand la politique entre en religion, Dieu en sort. Comme la Justice qui sort, quand la politique entre dans le prétoire. Les églises établies n’ont pas été épargnées par le virus de la politique politicienne. Et en particulier, l’église réformée FJKM qui devra choisir entre la politique et la foi. Le choix du camp Ravalomanana semble naturel pour une église dont le vice-président est l’ancien chef de l’Etat, entraîné dans le sillage de l’élection du pasteur Lala Rasendrahasina comme président et à laquelle il ne serait pas étranger. De ce point de vue et après les péripéties tourmentées des évènements 2009, la FJKM remplira difficilement la clause de confiance et d’apaisement pour une sortie de crise. Ses liens quasi organiques entretenus avec le régime Marc Ravalomanana peuvent d’ailleurs justifier l’apparente paralysie de la médiation des églises membres  du FFKM. En 2008, le XVI ème Grand Synode tenu à Mahajanga aura été marqué par l’intrusion en force de hautes personnalités politiques, ministres ou hommes forts de l’Etat. Pour mémoire, on citera les Ivohasina Razafimahefa, ministre de l’économie et président du SLK (mouvement des hommes chrétiens), Hajanirina Razafinjatovo, ministre des Finances et président du STK (mouvement de la jeunesse chrétienne) ou le ministre Benjamin Radavidson Andriamparany qui sont tous de très proches collaborateurs de Marc Ravalomanana. Quels que soient les déclarations officielles, l’église FJKM a été noyautée par les partisans de Marc Ravalomanana et hautement suspectée, non sans raison, d’être à sa solde et à ses bottes. Mais tous les fidèles suivront-ils le penchant politique de leurs anciens responsables religieux ?  Rien n’est moins sûr. Beaucoup ne sont plus à Madagascar, emportés par la tourmente politique, les autres choisissent la plus totale discrétion. Il n’en n’est pas moins vrai qu’il y a des risques réels d’une dangereuse implosion.

On ne peut donner tort à l’opinion publique. « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai à quel camp tu appartiens ». Mamy Rakotoarivelo, président du Conseil de la Transition, par exemple, est d’obédience FJKM, cette dernière est aussi  riche en personnalités proches du camp de Andry Rajoelina pourtant de religion catholique. Lors du prochain grand synode, l’église réformée  va décider de son avenir avec deux gros handicaps pour reconquérir une crédibilité perdue dans les vagues de la politique politicienne. La FJKM traîne deux gros et lourds  boulets. Lala Rasendrahasina, son actuel et très contesté président, car présumé âme damnée de Marc Ravalomanana qui a annoncé publiquement depuis l’Afrique du sud, son intention de briguer un troisième mandat de vice-président. Un coup politique. Le renouvellement de son bureau central  permettra d’apprécier  la volonté d’apaisement de la hiérarchie FJKM. Va-t-telle mettre une croix sur un passé qui est tout sauf orthodoxe ? « Mon royaume n’est pas sur terre » proclame l’Evangile. La politique est une chose, la foi, une autre. Les intérêts de Ravalomanana ne sont pas ceux de son église. Dans la conjoncture, il sera douteux que les protestants se risquent à ramener le duo au gouvernail. Ce serait une véritable déclaration de guerre tous azimuts y compris et jusque dans les rangs des fidèles. La prolifération des sectes témoigne que la soif de Dieu n’a pas pu être étanchée par les grandes églises. Certaines proviennent par ailleurs, d’une contestation et d’une véritable révolte contre la répression morale et le comportement dictatorial de la hiérarchie FJKM. Ils reflètent tous l’aspiration à un retour aux sources du protestantisme. Contrairement aux catholiques, les protestants ont une réputation de « grosses têtes » et une tradition de contestation de l’autorité.

Tous ces problèmes d’ordre interne figureront certainement au menu principal du Grand synode. Le pasteur Rasendrahasina et son vice-président Marc Ravalomanana devraient faire leur  mea culpa, car le traitement qu’ils ont  infligé au pasteur Randrianantoadro d’Andravoahangy- Fivavahana a provoqué  sur tout le territoire, une hémorragie de fidèles vers une nouvelle « église », la FPVM (Fiangonana protestanta vaovao eto Madagasikara) ou la « nouvelle » église protestante de Madagascar. Il sera temps. Le FFKM est en train de sombrer corps et biens. Le Conseil chrétien des Eglises a été pourtant un faiseur de rois. Il a été pour beaucoup  dans la victoire des Forces Vives en 91 en faveur d’Albert Zafy. La Troisième République ne fut-elle pas brocardée comme la République FFKM ? Rebelote en 2001-2002, pour Marc Ravalomanana cette fois-ci. Dans quasiment toutes les paroisses, surtout protestantes, les sermons diabolisaient l’Amiral et s’inclinaient ouvertement vers le camp Ravalomanana. Si, actuellement,  la machine du FFKM se grippe, c’est qu’elle a perdu un fleuron de sa couronne, l’église FJKM. Une médiation est impossible quand il n’y a pas quelque part un levier fiable pour surmonter la grande barrière des antagonismes. Si  Marc  Ravalomanana est accusé de bloquer le processus politique, rien n’interdit de penser que le pasteur Lala Rasendrahasina pousse la FJKM à manquer au devoir de neutralité exigé d’un arbitre. Il y a en effet des plaies qui ferment mal, comme les brutalités perpétrées fin mars 2009, par un colonel Charles contre le président de la FJKM.  Le discours de Lala Rasendrahasina lu en réaction, devant un stade de Mahamasina archicomble de dizaines de milliers de protestants,  a semé plus le trouble dans les esprits que ramené l’apaisement. Il a été tout sauf inspiré par la charité chrétienne et la mesure d’une religion de l’amour et du pardon. Il a rappelé les martyrs de la reine Ranavalona Ière. Les auditeurs cultivés ont repéré des allusions fortes aux persécutions de Louis XIV contre les huguenots, voire à la saint Barthélémy, quand les catholiques (Andry Rajoelina est catholique. Ndlr) ont fait une hécatombe de protestants à travers toute la France du XV ème siècle. Lala Rasendrahasina a appelé tous les protestants à défendre Ravalomanana et sa famille. Une crise religieuse sera la pire des calamités pour un pays déjà dans la tourmente.

Laura R.

Diplomate