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Un projet de loi relative aux droits et à la protection des personnes atteintes de troubles mentaux et psychiques est, actuellement, en gestation.
Une initiative gouvernementale qui tombe à point nommé quand on sait que dans le pays, la santé mentale constitue une réelle priorité de santé publique, dans la mesure où sa prévalence globale ou celle des formes spécifiques (dépression, trouble panique, alcoolisme pathologique...) dans la population générale est élevée ; et beaucoup de malades n'ont pas droit à une prise en charge pourtant de plus en plus efficace. Certes, et d’après les données disponibles publiées dans l'Information Psychiatrique. Volume 79, Numéro 10, 913-9, Décembre 2003, Santé mentale : images et réalités, il apparaît que les Malgaches ont des représentations homogènes du « fou », et à moindre degré du « malade mental ». Pratiquement naïfs à la « chose psychiatrique », ils interprètent différemment les causes et ont des recours non superposables en cas de maladie. Encore très fermement attachés à leur groupe familial, ils paraissent plus tolérants vis-à-vis du malade et ont une vision plus optimiste de leur devenir. En outre, les mêmes informations font état que bien que le taux de prévalence excessif enregistré à Antananarivo (45,9 % versus 34 % pour l‘ensemble des sites) puisse être en partie attribué à des artefacts méthodologiques, les troubles mentaux posent un véritable problème de santé publique à Madagascar. La dépression, l‘anxiété (avec un taux élevé de troubles paniques) et l‘abus d‘alcool représentent les principales plaintes, mais leur phénoménologie diffère du modèle occidental. Une forme de psychiatrie originale, tenant compte de la culture locale et intégrée à la communauté, s‘avère être la meilleure option. Il s’ensuit, selon toujours la même source, que la relative naïveté du Malgache vis-à-vis de la « chose mentale » et de la psychiatrie asilaire, stigmatisante et inefficace (expliquant le scepticisme de ceux qui l'ont connue), la relative tolérance vis-à-vis du malade, l'implication de la société, constituent autant d'éléments favorables à la mise en place d'une psychiatrie communautaire, « athéorique », prenant en compte l'environnement socio-culturel du malade. En tout cas, le médecin généraliste, le tradipraticien et les relations intimes constituent à Madagascar une « trilogie » avec laquelle le psychiatre doit composer, pour aboutir, comme dans d'autres pays du tiers-monde, à une prise en charge pragmatique. Et bien que des biais logistiques aient pu influencer l'enquête d'Antananarivo, les résultats montrent clairement que les troubles mentaux constituent un problème de santé publique dans la Grande Île : prévalence communautaire élevée, échappement d'un grand nombre de malades du circuit thérapeutique. La dépression est particulièrement fréquente et les nombreux syndromes rencontrés en clinique, mis sur le compte d'une carence magnésienne, calcique ou d'un « surmenage », sont probablement d'authentiques cas de dépression, d'autant plus que le prototype de description enseigné en Occident, sensiblement différent de celui rencontré sur le terrain , en favorise le sous-dépistage . L'anxiété, dont le modèle diffère de celui décrit en Occident (tableau 6), est aussi fréquente. La relative sur-représentativité des troubles paniques est confirmée par l'expérience clinique quotidienne : sa connaissance est d'autant plus utile que ses manifestations prêtent à confusion avec une crise épileptique, dont le diagnostic doit le plus souvent être résolu cliniquement. La pathologie alcoolique représente un autre problème de santé publique, si l'on en juge par sa prévalence et l'indulgence avec laquelle la population a tendance à la considérer : elle était perçue comme « anormale » par seulement 69 % des enquêtés, et comme « dangereuse » par 67 % (versus respectivement 87,5 % et 91,5 % pour le cannabisme). La sous-déclaration de cette toxicomanie ne doit pas tromper sur sa réelle importance : une approche essentiellement répressive aggraverait la peur et le refus de prise en charge. |