Université d’Antananarivo: Une poudrière abandonnée PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 22 Août 2012 09:27
Les temps des grands mouvements estudiantins qui donnaient des sueurs froides aux dirigeants même du pays sont révolus. De nos jours, les étudiants de l’Université d’Antananarivo seraient « trop pacifiques » voire passifs et se laisseraient faire facilement. La comparaison vient d’un étudiant très connu tant dans le milieu universitaire qu’au sein du microcosme politique de la capitale, Tendry Rakotoniaina. Pour la petite histoire, rappelons qu’il fait partie effectivement des trois étudiants arrêtés par le régime Marc Ravalomanana en 2009, ce qui avait provoqué la colère des militants sur la place 13 mai, à l’époque.

« Aujourd’hui, même une poignée de chauffeurs et de receveurs des taxibe peut tenir tête au mouvement de contestation mené par les étudiants », a-t-il constaté avec regret. C’est sans doute pour cette raison que le SECES peut se permettre de suspendre pour une durée indéterminée les cours et que par conséquent, le spectre d’une année blanche plane toujours sur les hauteurs d’Ambohitsaina. Alors qu’il y a à peine dix ans, une demi journée de descente dans les rues parachevée par un sit-in devant le bureau du ministère de l’Enseignement supérieur à Fiadanana, suffisait largement aux étudiants pour faire entendre leurs revendications.

A l’origine de ce contexte actuel se trouve, entre autres, le manque crucial de vrais meneurs dans les mouvements estudiantins et même au niveau des associations régionales et pédagogiques. Convoquer une assemblée ordinaire relèverait maintenant d’un authentique parcours de combattant. La même impasse est également vécue par les politiciens qui avaient l’habitude de manipuler les étudiants au profit de leur cause. Ces derniers ont beau essayer de rameuter les jeunes à faire le sale boulot à leur place, quitte à les payer pour ça, les résultats sont relativement en- dessous des effets escomptés.

Est-ce que tout cela veut dire que la politique a perdu son emprise sur les étudiants de l’Université d’Antananarivo ? Pourtant, l’Université d’Antananarivo a été toujours considérée comme une pépinière de la classe politique malgache où les étudiants jouent aux petits politiciens en se servant des revendications d’ordre pédagogique et social pour se forger une personnalité et une base de leadership. Mais, ces temps-là seraient aussi révolus, car les nouveaux venus à Ambohitsaina dont la moyenne d’âge se situe en- dessous des 20ans, s’intéressent plus à leurs études au lieu de rêvasser sur une éventuelle carrière politique dans l’avenir. D’autant plus que la mauvaise réputation des meneurs de grève taxés de marionnettes des politiques freine l’enthousiasme de ces jeunes à descendre dans les rues ou sécher les cours.

D’autant plus que pour certaines associations d’étudiants, les anciens veillent au grain et n’hésitent pas à intervenir si jamais des membres du bureau exécutif sont tentés d’impliquer le nom de l’association à une quelconque cause politique, témoigne un dirigeant d’un groupement d’étudiants issu de la région d’Amoron’i Mania.   

En bref, la politique politicienne a plus ou moins quitté le devant de la scène et les cathédrales d’Ankatso, pour le moment. Mais, il ne faut pas minimiser ces mouvements estudiantins qui demeurent une vraie poudrière. Il suffit d’un rien, d’une masse d’argent assez convaincante de la part d’une tendance politique pour tout faire sauter.

Simon R.