Crise politique : les médias malgaches à l’épreuve
Politique
Vendredi, 02 Septembre 2011 05:56
Cette analyse est basée sur un outil de recherches développé par Christoph Spurk pour l’Agence Suisse pour le Développement et la Coopération (DDC) afin d’analyser les paysages médiatiques d’une façon structurée et logique. L’analyse a été renseignée par une variété de documents déjà existants, et par des rapports écrits spécifiquement pour le PCIA par des universitaires malgaches professionnels des médias. Ces derniers ont compilé des informations et analyses publiques sur la situation des médias et leur environnement légal, et ont présenté des évaluations sur le contenu des médias, leur professionnalisme et autres questions liées à ce secteur. Entre les mois de mars et mai 2010, l’analyse a été appuyée par une série d’entrevues avec des représentants des médias, des experts et des politiciens, et au moyen de groupes de discussion composés d’utilisateurs ordinaires des médias.

Selon les normes démocratiques, les médias de masse sont en général chargés d’organiser la sphère publique et le débat public qui s’y développe. Il faut refléter les points de vue d’une grande variété d’individus, de groupes et d’institutions, fournir des informations à l’électorat au sujet d’événements significatifs liés au pays et à sa population, en y ajoutant l’historique, le contexte et la signification de ces nouvelles. De cette façon, les médias représentent l’interface entre le public et le gouvernement, l’administration, les politiciens, les parlementaires, les partis politiques, le secteur économique et la société civile.

En période de crises politiques, le rôle des médias est encore plus accentué. Dans de telles circonstances, les médias doivent adresser les questions sensibles liées au conflit, ses causes et ses conséquences. Donner l’information devient une obligation essentielle pour un débat public sur les manières de prévenir une aggravation de la crise et un recours à la violence.

C’est indiscutablement le cas à Madagascar aujourd’hui. Quand ces intermédiaires ne sont pas en mesure d’informer, d’instruire le public et de soulever les préoccupations sur la scène publique, les médias doivent remplir cet espace.

Les médias malgaches peuvent-ils être à la hauteur de ces attentes ? Fonctionnent-ils dans un environnement légal et économique qui favorise ce rôle? Les journalistes et les médias possèdent-ils les capacités et les ressources pour correspondre à ces attentes ? Le principal problème semble être la qualité du contenu, jugée pauvre. L’analyse démontrera que presque tous les éléments du secteur des médias présentent des faiblesses devant être traitées dans tout tentative d’amélioration de la performance du secteur afin d’atténuer plutôt que d’aggraver son impact à long terme sur les moteurs de conflit. 

Les journalistes couvrent des événements, mais ont des difficultés à produire une analyse détaillée et des commentaires, dû évidemment à un manque de moyens et de compétences d’une part, et de paresse et de connaissance insuffisante d’autre part. On accuse également les plus jeunes journalistes de produire des reportages de mauvaise qualité, dans lesquels des suspects de crime sont déjà déclarés coupables, les faits sont faux, et l’on commet de la diffamation. Les médias du gouvernement sont à leur tour partiaux et ne couvrent pas l’opposition, et la télévision et la radio étatique n’émettent aucune critique du gouvernement à moins qu’une telle critique ne soit également rapportée dans d’autres médias. L’information et leurs sources ne sont pas souvent vérifiées et le choix des sujets est discutable, avec un interviewé mentionnant que les médias gouvernementaux ne signalent pas les questions sociales importantes, mais seulement celles concernant la politique – et seulement de façon superficielle. Là encore, nous constatons un manque d’analyse et de reportages en profondeur, et même de partialité envers les détenteurs du pouvoir.

Le public malgache a, pour sa part, des attentes claires et élevées des médias. Il veut connaître la vérité et recevoir des bonnes informations ; il croit que les journalistes doivent instruire le public, et qu’ils doivent faire preuve d’observation, d’analyse, d’argumentation et de synthèse appropriées. Et il veut également que les informations fournies soient appropriées à leurs besoins quotidiens. Tout ceci indique que le public malgache place la vérité, l’observation et l’analyse tout en haut de leurs priorités, et que les médias ont, à leur tour, des attributions très exigeantes aux yeux du public. Ce rôle est encore plus exigeant en période de crise politique, d’insécurité, et d’incertitude économique.