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Que dire de nos archives ?
Sinon qu’elles sont introuvables quand elles ne sont pas dans un état de délabrement avancé. Ce constat, à la fois navrant et honteux, saute aux yeux en ce qui concerne les tribunaux, les mairies et les services des domaines et de la topographie. S’agissant des tribunaux, c’est souvent le parcours du combattant pour un justiciable qui souhaite retrouver la teneur d’une décision judiciaire rendue il y a plusieurs années. Il est décourageant de voir les ordonnances, jugements et arrêts posés et entassés à même le sol, avant d’être transportés, au mieux dans des sacs en polypropylène déchirés, d’une salle obscure vers un local poussiéreux. Concernant les mairies, il arrive parfois qu’un usager, à la recherche d’un acte de naissance, de décès, de mariage ou d’adoption, soit trimballé durant des semaines et des mois par un agent communal ou municipal. Après avoir soutiré des sous, ce dernier finira par dire, la fleur à la bouche, que les registres ont été perdus lors d’un incendie ou d’un déménagement. Pourtant, l’impossibilité de produire un document administratif peut transformer la vie d’une personne en cauchemar car elle n’aura aucun moyen légal de revendiquer un droit ou de justifier une action. Le comble de l’horreur se situe au niveau des services des domaines et de la topographie. Quel usager n’a pas connu les affres de l’attente d’un certificat d’immatriculation et de situation juridique auprès du Service des Domaines, surtout dans la capitale ou d’un plan au service de la topographie ? Les excuses faites par les agents sont invariablement les mêmes « le livre est perdu » ou « la page est déchirée ». On a parfois du mal à savoir si la réponse est l’expression de la réalité ou s’il s’agit d’une manière déguisée de solliciter un bakchich. Cette carence est une porte grande ouverte aux escroqueries, à la confection de faux et à l’usage de faux. Quels ingrédients a-t-on utilisé pour aboutir à un tel désordre ? Il y a une portion de corruption, une poignée de négligence, un zeste de bêtise et une pincée d’incompétence. A côté de ces faits indéniables, il faut souligner que la gabegie s’est installée à cause d’un manque chronique de moyens. Il est malheureux de constater que les gouvernements successifs, sous chaque République, ont négligé l’archivage. Il s’agit là d’une erreur fondamentale car les archives font partie du patrimoine d’une nation. Paradoxalement, on clame notre attachement aux valeurs traditionnelles mais on oublie le passé. On défend notre langue mais pas nos archives qui font partie intégrante de notre culture. Nos archives servent tout au plus de papier d’emballage ou de combustible. Avec la disparition des archives, ce sont des pans entiers de l’Histoire qui s’évaporent. Cette négligence ne se limite pas aux documents sur papier. D’innombrables enregistrements audiovisuels d’une grande valeur historique ne pourront plus jamais être exploités. Certes, des archivistes sont formées tous les ans mais, une fois de plus, les moyens ne sont pas à la hauteur des ambitions. La bonne volonté ne suffit pour faire un archivage sérieux, lequel exige un outil informatique performant et des lieux de stockage adaptés. Chez nous, les archives sont considérées comme un fardeau et non comme un trésor. L’archivage n’est pas le plaisir de garder, ce n’est pas du conservatisme déplace. La conservation des archives n’est pas absurde dans la mesure où elle répond à une nécessité sociale et une exigence administrative. Au contraire, le défaut de conservation des archives constitue un crime moral, malheureusement jamais sanctionné.
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