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Des milliers d’espagnols mécontents du marasme socio-économique ont manifesté dans les rues.
Ce phénomène inédit, qui s’est étendu à une partie de l’Europe, a gagné les Etats-Unis. Les indignés de New York, qui dénoncent les excès du système boursier, font désormais la une des médias. Ce phénomène est intéressant pour plusieurs raisons. Le mouvement planétaire des indignés montre les limites du système capitaliste qui recherche le profit à tout prix. Comme le capital prime sur le travail, la spéculation finit par primer sur l’emploi. Ce mouvement de colère marque également un grand retour des thèses de Karl Marx. Son idéologie, que l’on disait à l’agonie, est plus vivante que jamais. Le phénomène des indignés est planétaire, disait-on ? Non, à Madagascar, on ne s’indigne pas. Est-ce à dire qu’on est content de notre sort et qu’on se fout du reste ? Non, loin de là. On ne s’indigne pas. Paradoxalement, on est trop indigent et affamé pour cela. On se contente porter un regard désillusionné sur les choses, on se résigne et on prie. Il est indigne qu’on ne s’indigne pas davantage. Heureusement que notre journal ose se faire le porte-parole virulent des indignés. A Madagascar, la misère et l’inertie du réel sont tels qu’il y aurait mille raisons de s’indigner. Pourtant, on n’a pas le droit de descendre dans la rue pour exprimer son indignation et les revendications légitimes qui en découlent, sous peine d’être convoqué pour un interrogatoire interminable et musclé à la police. Par conséquent, pour manifester son indignation, on s’empare de la rue, le cœur gorgé de vengeance, pour faire la révolution. Pour déverser sa frustration, on casse, on brûle, on tue et on se fait tirer dessus. En laissant les malgaches exercer leur droit de s’indigner, à travers leur droit constitutionnel de faire grève, on éviterait bien des saignées cycliques. |