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Lors d’une entrevue avec quelques membres de la presse hier, le directeur de l’Institut National de Formation Pédagogique (INFP), Albert Ramarolahy, s’est indigné que ce soit une dame qui était venue à son bureau vendredi dernier,
à la tête d’une petite foule, pour l’obliger à procéder à une passation de service qui ne respectait pas la procédure. Cette dame s’était comportée comme en terrain conquis, tonnant et tempêtant, menant les opérations alors que tout le staff du ministre était présent, quasiment au complet. Cette scène insolite s’est passée le vendredi 16 décembre dernier vers 17 heures, soit avec une bonne heure de retard avec le rendez-vous convenu. Plusieurs hautes personnalités comme le secrétaire général du ministère, le directeur de cabinet, le directeur des technologies de l’information et de communication (DTIC), l’inspecteur administratif, quelques dizaines d’autres personnes dont…madame H., fournisseuse au ministère. A l’annonce du début de la passation, le directeur sortant a expliqué : « Je suis prêt pour l’alternance, (…). Avez-vous en votre possession le décret de nomination du nouveau directeur et celui d’abrogation de la nomination de l’ancien ? » C’est à quoi on lui a répondu : « Non, ce sera pour une prochaine fois. Mais il faut procéder immédiatement à la passation, sur ordre du ministre. » Le directeur a alors précisé que les pièces afférentes à la passation ne sont pas encore prêtes non plus, et comme le MEN se devait d’être un modèle, le mieux était de tout faire dans les règles. Car il faut stipuler, disait-il, que cet institut est doté d’un budget de plusieurs milliards à gestion autonome, et de plusieurs véhicules, motos et bâtiments. Signer en blanc pour transmettre un tel patrimoine d’un grand responsable à un autre relèverait de l’inconscience, sinon du quasi suicide qui pourrait mener tout droit en prison par la suite. « C’est pour tout cela que la passation devra être transparente et sans aucune zone d’ombre », a exigé le directeur. Mais, passant outre cette exigence somme toute légitime, la dame a ordonné de procéder à l’effraction des portes, après avoir envoyé quelqu’un trouver un huissier, car « la prise de la place doit se faire aujourd’hui même ». Entre temps, relate toujours le directeur à la presse, aidé d’un témoin de ce fameux crépuscule de vendredi, la foule a investi la cour de l’INFP. Le bras de fer, entre lui qui a refusé de signer le document attestant que la passation de service a été réalisée en bonne et due forme alors que ce n’était pas le cas, et son successeur coaché par la fameuse dame a duré trois tours d’horloge. L’huissier commis par eux, une fois sur place, a refusé d’autoriser l’effraction des portes : « Ce que vous projetez de faire là est contraire à la loi. Pour cela, il nous faut une ordonnance du tribunal », opposa-t-il. La dame, elle, a persisté et signé : « Allez, cassez ces portes, car j’ai déjà amené un serrurier avec moi ». Et Albert Ramarolahy d’observer : « Il était surprenant que, même si cette madame H. ne faisait pas partie du personnel du ministère, c’était elle qui dictait tout, malgré la présence du SG et de ses collaborateurs. » Par ailleurs, il s’est interrogé sur l’absence des collaborateurs du même bord politique que le nouveau ministre, issu de la mouvance Zafy Albert. « Où étaient donc passés les hommes nouveaux qui, normalement, auraient dû composer même en partie le cabinet du nouveau ministre, puisque c’étaient ceux de l’ancien qui ont accompagné le nouveau directeur et cette femme qui semblait avoir autorité sur tout le monde ? » Et Albert Ramarolahy de soupçonner un rapport entre cette passation de service avortée de vendredi dernier, et l’affaire des 3,5 milliards de francs, qu’on lui avait ordonné de régler sur le budget de l’INFP quelques mois plus tôt, alors même que l’argent n’avait pas été utilisé au sein de l’établissement. En effet, comme par hasard, la totalité des factures afférentes à cette énorme somme serait au nom de cette dame. Cette même femme qui s’était munie de toutes sortes de victuailles et de boissons ce soir-là, pour un cocktail, sans s’en être référée au préalable avec celui qui était encore le maître des céans. Il y eut un moment où les partisans, qui formaient le noyau de la foule amassée dans la cour, se congratulaient comme pour signifier une victoire. Il durent se ressaisir ensuite car, têtu comme pas un, le directeur Albert Ramarolahy a refusé jusqu’au bout de signer un document équivalent à un chèque en blanc. Et lui de conclure : « Ils n’ont pas voulu que nous préparions le dossier de passation, car celui-ci détaille les sommes qu’ils ont sorties contre mon gré des caisses de l’INFP. A preuve, ces pièces de caisse ne portent pas ma signature, ce qui est contraire à la loi. » Selon lui, c’est la conclusion des deux journalistes de la radio Free Fm, énoncée sur leur station avant-hier, qui est la bonne : « Mme H. se précipite pour mettre en place ce nouveau directeur, qui se chargera par la suite de sortir les 3,5 milliards de francs que Ramarolahy Albert a refusé de décaisser pour ne pas se faire complice d’un détournement de fonds. » Une crise, encore une autre, que le pouvoir ferait bien de désamorcer d’urgence, en ordonnant une enquête sérieuse ou une inspection d’Etat dans les règles de l’art. Le pays n’a que trop souffert de cette incessante impunité ces derniers temps. Recueillis par Jean Daniel Ranaivo. |