Opinion: " Une élection peut-elle être parfaite ? PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 25 Avril 2012 07:16

On n'arrête pas de polémiquer ces temps -ci sur une élection transparente, indemne de défaut. Transparente peut-être, quant à indemne de défaut...

Une élection n'est jamais parfaite. Commençons par la lise électorale. Qu'on le veuille ou non, il y aura toujours des imperfections. Ordinairement, il est procédé chaque année à une révision systématique de la liste au cours du premier trimestre. Une révision exceptionnelle est prévue s'il y a une élection en vue dans l'année. Entre l'arrêtage de la liste au terme de cette révision, et le jour du scrutin, il se passe un laps de temps au cours duquel beaucoup d'événements interviennent au sein de la population. Des jeunes qui accèdent à leur 18ème année, des arrivants qui s'installent dans les fokontany (…).

L'organisation des élections de A à Z, est confiée à la CENIT et à ses démembrements. Sur le plan pratique, cet organisme dont les membres viennent de divers horizons ont-ils une connaissance exacte du terrain, à part les quelques administrateurs civils ?

La structure actuelle de l'administration repose sur les fokontany à la tête desquels sont placés les sefom-pokontany, anciennement appelés chefs de village. Ces auxiliaires qui disposent, étant donné l'extension des villages, de bénévoles appelés chefs de secteur, maîtrisent la situation de la population placée sous leur coupe, les bokim-pokontany aidant. Aussi, pour obtenir une liste électorale des plus réalistes, est-il recommandé un travail en tandem entre la CENIT et cette structure de base, via les chefs de districts. Pour que ces sefom-pokontany donnent le meilleur d'eux-mêmes, ne pas les mettre en position dépendante des agents des démembrements. N'oublier surtout pas de les motiver.

Des esprits chagrins ne portent pas dans leur coeur ces serviteurs de l'administration, sous prétexte qu'ils sont à la solde des dirigeants en place. Un serviteur doit obéissance à son maitre, mais le maitre ne doit pas abuser de cette ascendance, sinon les règles sont faussées. La nation malgache a traversé bien d'avatars suivant les régimes qui se sont succédé, en ce qui concerne les comportements de ces serviteurs.

- Sous le régime PSD : le père Tsiranana a démissionné solennellement de la direction du PSD à son entrée en fonction. Certes, il donnait des directives, mais il n'intervenait plus sur la gestion des affaires du parti. Les pressions et interventions - nombreuses - n'émanaient donc pas de lui mais du secrétaire général qui lui succédait.

- Sous le régime AREMA : l'amiral, lui aussi, s'abstenait de cette basse besogne de courtisanerie et laissait la coudée franche à la direction du parti. Cette dernière était un ensemble mitigé de modérés et d'hyper zélés, ces derniers étant les plus virulents à faire la chasse aux sorcières. C'est à cette époque qu'est née l’expression « izay tsy ao anaty lisitra, tsy misaosy » (ceux qui ne sont pas sur la liste - du parti - ne sont pas admis à table).

- Sous le régime UNDD : cette période n'a pas connu de pressions significatives dans la fonction publique, ni de la part du professeur, ni de la part du parti.

- Sous le régime TIM : le parti était sous la domination totale du Président, lequel faisait la pluie et le beau temps dans tous les domaines. La pression avait cette fois-là la forme d'espèces sonnantes et trébuchantes, que quiconque dans l'administration voulait un avantage pécuniaire ou un poste de prestige, devaient se plier aux quatre volontés du grand chef.

  - Sous le régime TGV : rien à signaler sur le sujet, du moins jusqu'à ce jour.

L'éducation citoyenne en matière électorale. C'est une tâche énorme qui attend la CENIT car face aux innovations sur le déroulement du scrutin: bulletin unique, vote jumelé, elle doit s'atteler dès maintenant à mobiliser toute son équipe et solliciter la collaboration du Ministère de l'intérieur à inculquer aux électeurs comment procéder le jour venu. Autrement on assistera à un résultat catastrophique qui ne reflètera pas la réelle volonté des électeurs.

Les résultats qui sortent des urnes suffisent-ils à légitimer les élus? On se pose cette question lorsque la participation au vote se situe en deçà de 50% des inscrits. C'est une des missions, assignées à la CENIT de mettre en exergue ce devoir élémentaire donné à tout citoyen d'exprimer son opinion. Cette collaboration CENIT/ministère de l'intérieur, loin de ternir l'image d'indépendance de la CENIT, est incontournable, si l'on veut une élection réaliste.

RAOBELISON Aimé-Arsène

Ancien PDS du Faritany d'Antananarivo