RAJOELINA-RAVALOMANANA: La France encourage la rencontre
La Une
Samedi, 30 Juin 2012 06:00
La France souhaite la tenue d’une rencontre entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana, et encourage les deux personnalités à s’asseoir autour d’une table. Tels sont les propos les plus saillants, tenus hier par Jean-Christophe Belliard, nouvel ambassadeur de France à Antananarivo, lors de la remise de la copie figurée de ses lettres de créance. Selon lui, l’entretien devrait aboutir à des résolutions (par exemple sur les élections) qui seront mises en œuvre afin de hâter la sortie de crise. Il s’agit là de la première annonce politique faite par cet ambassadeur mandaté par l’administration du socialiste François Hollande, laquelle est parvenue aux affaires le mois dernier.

En tout cas, on constate une permanence certaine dans la position de la France vis-à-vis de la crise malgache, malgré le changement de régime et malgré également le changement d’ambassadeur. Rappelons, en effet, que sous Nicolas Sarkozy, la France a déjà milité pour une rencontre directe entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana. Elle a même mis personnellement la main à la pâte afin que l’entrevue ait lieu. En mars 2010, une délégation française conduite par Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération, est venue dans l’île pour remettre une nouvelle proposition : une feuille de route, élaborée conjointement par la France et l’Afrique du Sud, et qui devrait être ratifiée par Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana lors d’une rencontre à Pretoria. Comme le face à face pouvait être stérile en raison du contentieux entre les deux personnalités, les deux autres chefs de mouvance, Zafy Albert et Didier Ratsiraka ont été invités à s’associer aux entretiens. L’entrevue à quatre eut effectivement lieu en Afrique du Sud en avril 2010, sous la présidence du chef d’Etat Jacob Zuma, secondé par le médiateur Joachim Chissano.

On s’en souvient, à Pretoria, Jacob Zuma s’était investi pendant une nuit entière à rapprocher les vues des protagonistes malgaches, notamment Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina. Ses efforts ayant été vains, il se désintéressa du dossier et le remit au Mozambicain Joachim Chissano. Celui-ci n’obtint pas plus de succès et la rencontre s’est soldée par un échec. En tout cas, lors des négociations à l’hôtel Sheraton de Pretoria, les émissaires officiels français furent omniprésents dans les coulisses, notamment Alain Joyandet (dans un premier temps), André Parant (conseiller Afrique de Nicolas Sarkozy) et Béatrice Lederlé (Quai d’Orsay). Comme le confirment encore une fois les propos de l’ambassadeur Jean-Christophe Belliard, la France manifeste une certaine permanence dans son souci de voir la crise malgache résolue.

En tout cas, écartés de la rencontre au sommet qui aura bientôt lieu entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana, des groupements politiques grincent des dents et manifestent leur humeur. En fait, la France comme l’Afrique du Sud, et la Sadc comme l’ONU ont judicieusement localisé la cause première de la crise politique malgache : le différend persistant entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, lesquels d’ailleurs sont historiquement les protagonistes majeurs des événements de 2009.

On ne s’étonnera donc pas si au pays comme à l’étranger, on pousse les deux personnalités à se mettre autour d’une table afin d’abréger une crise particulièrement pénible pour la population. Après Maputo, Addis-Abeba et Pretoria, espérons que cette fois-ci sera la bonne. Qu’on étudie d’ailleurs une proposition souvent exprimée ces temps-ci : lors de la rencontre, les échanges entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina devraient être retransmis en direct à Madagascar. De cette façon, la population saura qui manœuvre afin de faire durer la transition…

A. R.

Jean-Christophe Belliard au MAE

Quarante-huit heures après son arrivée à Antananarivo, Jean-Christophe Belliard, accompagné par son deuxième conseiller Claude Blevin, le nouvel ambassadeur de France, a rencontré le ministre Pierrot Rajaonarivelo pour présenter à celui-ci la copie figurée de ses lettres de créance. Ayant un curriculum vitae très africain, Jean-Christophe Belliard a souligné à l’issue de sa rencontre avec le chef de la diplomatie malgache qu’il souhaite concrètement la tenue du tête-à-tête Rajoelina – Ravalomanana.

Le nouvel ambassadeur de France à Antananarivo, qui suivait déjà les négociations et signature de l’Acte additionnel d’Addis Abeba en novembre 2009 (parce qu’il y était en poste), a affirmé que son pays œuvre pour le retour à la normale de la vie politique, mais aussi le retour à la normale du côté diplomatique et enfin la levée des gels des financements internationaux pour l’Etat malgache. Anciennement représentant de la France auprès de l’Union africaine, Jean-Christophe Belliard a souligné la nécessité pour Madagascar de réintégrer les instances de l’Union africaine. Existe-t-il une coïncidence entre l’installation du bureau de liaison de l’Union africaine à Madagascar et l’arrivée de Jean-Christophe Belliard ?

Concernant l’éventuel changement de la politique française à Madagascar, le nouvel ambassadeur a souligné « On n’est pas là pour faire du changement. Quel que soit le président de la République et quel que soit l’ambassadeur, la politique extérieure reste la même … ». En tout cas, la position de la France sur le dossier Madagascar ne changera pas, seules les méthodes de travail pourraient changer avec la personne.

Notons que Jean-Christophe Belliard a remercié le ministre Pierrot Rajaonarivelo de l’avoir si rapidement accueilli ainsi que l’organisation de la cérémonie de remise de ses lettres de créance au président de la Transition Andry Rajoelina la semaine prochaine.

Lambo T.