Sandile Shalk et son collègue s’attendaient peut-être à être reçus comme des gouverneurs au CST (conseil supérieur de la Transition) où ils étaient invités.
Jamais depuis son intervention dans la résolution de la crise malgache, la SADC n’a subi un aussi mauvais quart d’heure. On ne peut plus courtois mais d’un ton ferme, selon le témoignage de ses camarades de la Chambra haute, Sylvain Rabetsaroana a mis dans une situation très inconfortable le chef du bureau de liaison de la SADC à Antananarivo. Durant cette séance pléinière à huis clos, le vice-président du CST a critiqué sévèrement le comportement de l’organisation sous-régionale à qui le Groupe International de Contact (GIC) a donné le mandat de résoudre la crise malgache. En gros, les questions et remarques apportées par M. Rabetsaroana se résume ainsi : la SADC et la Communauté internationale font deux poids deux mesures. Rappelant l’histoire récente, il estime que Madagascar fait figure de précurseur dans les mouvements populaires de ces 3 dernières années dans le monde. Après Madagascar, le mouvement touche la Tunisie avant d’embraser l’Egypte et la Lybie. Aujourd’hui, c’est au tour de la Syrie. Partout ailleurs, on n’a jamais parlé de coup d’Etat alors si Ben Ali a été chassé par la foule, Marc Ravalomanana et Hosni Moubarak ont tous deux démissionné et transmis le pouvoir aux militaires. L’ancien sénateur s’étonne par ailleurs que Ben Ali a été condamné par contumace sans que personne ne remette en cause le jugement. Et, en Egypte, Hosni Moubaraka a été littéralement traîné devant les tribunaux sur une civière avec la caution silencieuse de la Communauté internationale. « La crise est réglée dans ces pays. Pourquoi traite-t-on Madagascar différemment ? a-t-il demandé aux représentants de la SADC qui ne s’attendaient pas du tout à entendre ce genre de reproches. Même si depuis leur arrivée en terre malgache, il y a quelques mois de cela, ils doivent être au courant de ce discours. C’est pourtant la première fois qu’on leur a fait part de cette position dans un cadre officiel. La différence est que cette fois-ci, M. Rabetsaroana n’est pas allé par quatre chemins où la SADC veut en venir en décidant de leur propre chef une rencontre entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana, l’intervention étant soutenue par l’assistance. « Quel est l’objectif ? Réhabiliter M. Ravalomanana et lui mettre à la selle pour la course présidentielle ? ». « Avez-vous fait rencontrer l’opposition tunisienne à Ben Ali ? », poursuit l’intervenant en ajoutant qu’« on ne peut faire du neuf avec du vieux » en faisant sans doute allusion à M. Ravalomanana qui doit s’estimer heureux avec l’amnistie. En fait, le président de l’AVI ne croit pas du tout à la médiation étrangère. Il y a déjà 2 ans de cela, il avait déclaré que le GIC (groupe de contact international) a montré ses limites. Aujourd’hui si la SADC impose une rencontre entre Rajoelina et Ravalomanana dont on ne connaît ni la nature ni l’objectif, c’est qu’elle avoue sans le dire l’échec de la feuille de route en matière de co-gestion. Surpris par la tournure de la séance, Sandile Shalk n’a trouvé aucune parade aux questions et critiques qu’en soulignant son impossibilité de répondre sans se référer aux instances supérieures de la SADC. Ce qui a conduit la salle à se vider petit à petit et la séance à se clôturer en queue de poisson. Devant la presse, M. Rabetsaroana confirme sa position en faisant remarquer qu’à Madagascar, il y a assez de personnalités compétentes et responsables à même de diriger le pays. Le vrai problème, a-t-il dit, est que si tout le monde reconnaît que seul le dialogue malgacho-malgache va nous sortir de la crise, certains continuent d’avoir un complexe de nègres : ils tiennent absolument à se référer aux étrangers qui ne connaissent rien de notre culture et de nos réalités. M. Rabetsaroana ne pensait sans doute pas bien dire. Peu après cette séance peu ordinaire pour les représentants de la SADC, un certain Alain Tehindrazanarivelo est intervenu dans le journal de TV Plus en interprétant les critiques comme de simples coups de cœur. Par cette réaction, on peut comprendre pourquoi on n’a plus confié une haute fonction à ce personnage. Sa |