Enam : la faute de Tabera… PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 30 Juillet 2012 05:51
Beaucoup d’incertitude sur le sort des 56 étudiants admis à l’Enam (Ecole Nationale d’Administration de Madagascar) dans une liste additive signée par Tabera Randriamanantsoa, ministre de la Fonction publique. Car désavoué par le Bianco, le groupe dégage une odeur sulfureuse de corruption et de népotisme. Les 56 étudiants sont repoussés par leurs pairs (au nombre de 182) régulièrement admis et sont refoulés au portail.  Personne ne prend leur parti et personne ne se soucie de leur sort. Même le gouvernement prend ses distances et se refuse à cautionner cette liste qui a une mauvaise réputation. Les 56 étudiants n’étant pas admis dans la cour de l’Enam, il n’est pas sûr qu’ils soient un jour acceptés dans les classes…

La première faute de Tabera Randriamanantsoa, c’est d’avoir dressé une liste additive sans l’aval du Bianco. Pour cette raison, tous les soupçons pèsent sur les étudiants repêchés qui sont assimilés à des « pistonnés ». La seconde faute de Tabera Randriamanantsoa, c’est de n’avoir pas tenu compte  des textes qui régissent l’établissement. Le règlement prescrit en effet non pas une liste additive, mais une liste de réserve. C’est-à-dire une liste d’attente dont les éléments remplacent des admis qui ne se présentent pas à l’appel (pour cause de défection, de maladie, de décès etc.). Si le ministre de la Fonction publique avait voulu faire admettre sa liste, il aurait dû prendre un arrêté modificatif qui change le nombre des postes budgétaires disponibles, et donc le nombre des admis. En tout cas, l’effectif de la liste de réserve doit être publié avant les délibérations portant admission à l’Enam. Bref, une procédure bien réglée qui devrait exclure les décisions intempestives comme cette liste additive. Il reste que pour beaucoup de connaisseurs des rouages de l’administration, une liste additive de 56 noms est par trop pléthorique et ne peut donc que susciter les suspicions…

Dans tous les cas, l’initiative de Tabera Randriamanantsoa apparaît comme un forcing et provoque donc des réticences. Car qui sait, le Bianco ayant contrôlé et encadré le concours, et donc l’admission des 182 candidats, les adeptes du népotisme contournent cet obstacle en créant une liste additive. Celle-ci comprenant surtout les fils et neveux qui ont échoué aux épreuves régulières. Effectivement, l’histoire de l’Enam, depuis sa création au début des années 60, est rythmée par le népotisme et le favoritisme politique. Seuls les enfants et proches des gros bonnets des régimes étant admis suite à des tripotages. Il est vrai que dès le départ, l’Enam formait les hauts fonctionnaires de l’administration, et pour cette raison, les barons des régimes successifs s’  arrachaient les places à l’intention de leurs fils et neveux. Idem d’ailleurs pour tous les concours qui donnaient accès aux hauts emplois publics, à l’Académie militaire, à l’Ecole de la Magistrature, à l’Ecole Supérieure de Police etc. Même topo d’ailleurs pour les bourses extérieures qui ouvraient les grandes écoles de l’étranger, les postulants hors du sérail concourant en pure perte. En tout cas, l’actuelle transition serait le règne des micmacs et trafics en tout genre, et on ne s’étonnera pas si les grands concours y sont secoués par des affaires retentissantes de fuite et de corruption. Si les 56 éléments de la liste additive n’attendent pas le prochain concours pour faire leur entrée à l’Enam, leur admission obscure et irrégulière pourrait bientôt prendre l’allure d’un scandale…

A.R