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Jean Omer Beriziky est-il encore l’homme de la situation ?
Non ! La question a déjà été posée. Elle est désormais, en passe de devenir lancinante après l’annonce des dates électorales. La neutralité du chef de gouvernement est devenue fort sujette à caution. Jean Omer Beriziky ne peut décemment pas piloter l’administration pour des consultations populaires transparentes et sans parti pris. Il a avoué être l’homme d’une ambition et, donc ne peut être que l’homme d’une clique, l’homme d’un camp, l’homme d’un homme. Il reste à savoir de qui ou de quoi. Mais, de Premier ministre de consensus et du compromis, Jean Omer Beriziky s’est mué en homme de la compromission intéressée. « J’aurais souhaité redevenir… Premier ministre à l’issue des élections », a-t-il déclaré après la cérémonie officielle organisée par la CENI. Il faut appeler un chat, un chat. La politique a un langage qui ne trompe pas son monde. Pour quel candidat Jean Omer Beriziky va-t-il donc militer pour rester Premier ministre ? La question se pose, car elle renvoie à un problème fondamental. Donc, avant même d’être mises en branle, les élections apparaissent comme déjà biaisées. Dans quelles mains va tomber le pouvoir de la Transition, et à quelle sauce les Malgaches vont-ils être mangés après quatre années de crise aigüe. Rien n’est encore consommé d’une façon ou d’une autre, le Premier ministre de « consensus » entre guillemets pense déjà à l’après et un après qui sera favorable à sa personne, à ses intérêts et à son avenir politique. Ce n’est pas la sortie de crise qui le préoccupe, c’est son destin politique personnel. Il vient de soulever avec une rare maladresse, le voile sur les mobiles profonds qui formatent ses décisions, ses déclarations, ses réactions, ses omissions ou ses manquements dans l’exercice de ses fonctions. Il a goûté au pouvoir et ne peut plus s‘en passer. Les meilleures choses ont une fin. Jean Omer Beriziky, quels que soient ses défauts ou ses faiblesses a tout de même un sens aigu de la réalité. Après les élections, dont la présidentielle, notamment, il ne sera plus rien ou, du moins, verra sa puissance ou sa force réduite à la portion congrue. Pour lui, le rebondissement constitue une urgence absolue. Jean Omer Beriziky se livre déjà à une gymnastique sur trampoline et joue au saute-mouton politique. Quel trampoline pour un Premier ministre menacé par la fin de règne ? Les moutons ne manquent pas dans la classe politique. Des chevaux, tout dans les pattes, rien dans la tête ou « soavaly be tongotra », sont déjà disponibles, voire prêts à la monte, pour galoper vers où on veut les mener. Il est clair que Andry Rajoelina ne sera pas un trampoline de Beriziky. Faute de devenir calife à la place du calife, Beriziky fait tout, et ne s’en cache pas, pour déstabiliser le calife. Cela s’appelle ourdir une révolution de palais, une trahison en somme, mais une trahison contre l’esprit et la lettre de la Feuille de route, « mon seul patron » avait-il naguère déclaré. Il semble désormais acquis qu’il exerce sa fonction et se sert de sa position pour un autre « patron » sorti de dessous les fagots, voire pour une alliance de patrons versés dans l’entente délictueuse. Jean Omer Beriziky n’est pas la cible privilégiée de la presse d’opposition et les analystes partisans lui laissent une paix royale, préférant concentrer leurs tirs sur Andry Rajoelina. Dans l’affaire de Lalao Ravalomanana, le tollé (y compris sur la scène internationale) s’est déclenché contre le Président de la Transition et non contre le chef de l’administration, dont le rôle consiste pourtant à aller au charbon et non à jouer aux Ponce Pilate ou aux « ce n’est pas moi, c’est lui ». Les gros titres sur une l’expulsion « manu militari » d’une épouse éplorée qui « n’aurait rien à se reprocher », ne sont pas innocents. Ils donnent une image négative de Andry Rajoelina pour le plus grand bénéfice du camp Beriziky ou de la « cinquième mouvance ». Elle est une mayonnaise montée avec l’accord ou derrière le dos des leaders des trois mouvances officiellement reconnues d’opposition. Le bois de rose révèle un panier de crabes toutes mouvances confondues. Que cache-t-on, qui ou quelle association de malfaiteurs veut-on protéger ou quelle filière délictueuse préserver de la curiosité publique avec cette passation qui traîne au ministère des Eaux et Forêts et de l’Environnement, dont Omer Beriziky devrait assurer l’intérim ? Le retour en catimini des containers de bois de rose depuis la Malaisie n’arrange pas les affaires du Premier ministre. Le chef du gouvernement, qui devrait assurer des élections justes, honnêtes et transparentes de neutralité, n’est plus au-dessus des soupçons de malhonnêteté, de favoritisme et d’exclusion. Le nombre pléthorique des membres de son cabinet donne l’image malsaine d’une future armée de campagne électorale qui couvre le territoire national. Elle pourrait servir de réseau vendable au plus offrant. Jean Omer Beriziky ne sera pas pris au dépourvu quand la campagne politique va officiellement s’ouvrir. D’ici onze mois, on aura le temps de voir venir. L’apaisement, devenu le tabou obsessionnel de la sortie de crise, lui donne la partie belle. Il lui permet de braver le chef de l’Etat en titre et de lui mettre des bâtons dans les roues. Quand le pays s’avance vers les élections du salut, Jean Omer Beriziky est-il toujours l’homme de la situation ? Alain B. (Majunga) |