Militantisme radiophonique: Un des pionniers à Mada s’exprime... PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 18 Août 2012 07:34
L’affaire Free Fm continue à occuper les esprits. Ou l’épopée de deux journalistes, Lalatiana Rakotondrazafy et Fidèle Razara Pierre, qui ont défié le pouvoir durant de nombreux mois et qui se réfugieraient actuellement à l’ambassade d’Afrique du Sud, pour se soustraire à l’action de la justice. L’un des pionniers de ce genre journalistique, qui consiste à militer sur les ondes, se souvient des tout débuts.

Radio Tsioka Vao (RTV) est créée en 1992, pour soutenir le président Didier Ratsiraka et l’Arema. Et surtout pour contrer Radio Feon’ny Vahoaka (RFV), l’aînée des radios privées qui a commencé à émettre en 1991, pour être le porte-voix du professeur Zafy Albert et des Forces Vives Rasalama. Lors de la déroute électorale de l’amiral en 1993,  le personnel de RTV a démissionné en masse : le directeur Harinaivo, et les journalistes Lalao Rasoanaivo, Lantomalala Rasata, Johary Ravaojanahary, Lahy Gautran et Jao Miandrisoa. Seuls sont restés les journalistes Jenny Mahavina et Aline Mara, qui lisent les versions françaises des informations, et aussi Jesy Rabelaolao, qui fait le même travail, mais en langue malgache. « Deux fois par jour, je balançais les news sous forme de papier d’analyse. J’étais obligé de faire du journalisme d’opinion et d’investigations pendant un an, jusqu’en 1994.» L’homme s’est par la suite reconverti dans la presse écrite. Mais quiconque se souvient de cette époque-là, ou qui l’a entendu à la radio lors de la présente crise, lorsqu’il s’exprime au nom de l’Arema de Didier Ratsiraka qu’il n’a jamais renié, remarque la véhémence de ton qui ne le quitte pas. Une véhémence qui rappelle précisément Lalatiana Rakotondrazafy et Fidèle Razara Pierre au mieux de leur forme. Mais, la ressemblance s’arrête là. « Je faisais alors des interviews, des reportages et des analyses. Je faisais aussi de la libre antenne avec les auditeurs, mais je faisais très attention de ne pas outrepasser la loi. Je n’ai jamais disserté sur la vie privée des gens, ni fait des attaques personnelles. Je rapportais seulement les déclarations et critiquais les actes commis durant  leur travail. » A titre d’exemple, Rabelaolao cite le cas du président Zafy Albert, dont il décortique à l’époque le mode de gouvernance et l’idéologie. Cela ne l’empêche pourtant pas d’être arrêté par la DGIDIE en février 94, et d’être impliqué dans l’affaire José Kely en 1995, l’homme qui a déclaré à l’époque à la RTV, au sujet du président en exercice : « Il n’y a pas d’autres mots pour le dire…C’est un C.O.N. » Là, c’est le ministre de la Justice de l’époque, Rabendrainy Ramanoelson, qui se porte partie civile. Le ministre Rabetsitonta Tovonanahary, quant à lui, porte plainte à son tour contre le bouillant Rabelaolao dans l’affaire des domestiques malgaches embarquées au Liban, dont il dévoile les dessous cachés. « Durant tout ce temps pourtant, j’ai toujours respecté l’éthique et la déontologie du journalisme. Et ce, bien que je critiquais avec vigueur les dérives des gouvernants de l’époque. »  Et lui de se rappeler que c’est seulement en 1995 que Maurice Tsiavonana, Pierre Houlder, Pamphile Rambelo et Razafilahy viennent le renforcer à l’animation politique des journaux de RTV. Lorsque le président Zafy Albert est empêché par les députés en 1996, l’équipe ‘solide’ de RTV prépare l’opinion au retour de Didier Ratsiraka et de l’Arema au pouvoir. Ce qui est chose faite la même année.

En sa qualité de Zokibe (grand aîné), Jesy Rabelaolao conclut : « Le journalisme d’opinion n’est pas fait pour harceler les gens, ni les traîner dans la boue, mais pour dénoncer les anomalies perpétrées par ceux-là qui sont au pouvoir. Ou l’opposé, si au contraire la radio soutient le pouvoir. » Ceci est vrai pour les autres médias, puisque la stricte neutralité est devenue une denrée rare, dans le monde d’aujourd’hui. C’est toujours utile d’écouter les anciens.

Bernard S.