Insécurité: Les banques vont faire la grève !
La Une
Samedi, 22 Septembre 2012 08:30
Gare à ceux qui ont besoin de retirer de l’argent auprès des guichets des banques lundi : celles-ci vont fermer leurs portes ce jour-là. Du moins jusqu’à 11 heures du matin. Cette grève de 3 heures a été décidée par l’Association professionnelle des banques (APB) pour marquer leur protestation contre l’attaque survenue récemment à l’agence de la BOA à Sabotsy-Namehana.

Cette suspension d’activité est a priori destinée à sensibiliser les responsables compétents sur la nécessité impérieuse de préserver la sécurité. Et c’est tout à l’honneur des banquiers quand on sait que la victime de ce braquage n’était même pas la banque mais un client qui a été visiblement ciblé par des bandits au courant du mouvement de fonds. D’ailleurs, très rares sont les braquages de banques survenus à Madagascar. Aussi est-ce avec étonnement qu’on a lu devant les banques les affichettes la fermeture des portes ce lundi jusqu’à 11 heures. Leur protestation n’aurait-elle pas eu son poids et le message non entendu  sans cette grève ?

Toujours est-il que le retentissement sera plus grand à l’extérieur où la grève confirmera qu’avec les vols à mains armées, les kidnappings et l’insécurité en général , Madagascar n’est pas vraiment un terrain d’accueil pour les hommes d’affaires mais aussi pour les touristes. Alors qu’à quelques mois de la fin annoncée de la crise politique par la tenue des élections, il est plus que jamais temps de préparer l’opinion internationale en vue de drainer les capitaux étrangers sans lesquels la normalisation politique ne sera jamais porteuse d’expansion économique pour le pays et de mieux pour la population.

C’est sans doute pour alerter les uns et les autres (responsables politiques, chefs militaires, entrepreneurs et simples citoyens) d’œuvrer ensemble pour réunir les conditions de réussite de l’après crise que les banquiers ont choisi la forme la plus extrême de sensibilisation ou de revendication.

En tout cas, ce ne serait vraiment pas pour la protection des clients que le syndicat des banques a pris cette décision. Car si c’était vraiment le cas, les banques auraient fait mieux d’assurer la sécurité de l’argent que leurs clients déposent chez eux. En effet, les comptes vidés à l’insu de leurs titulaires ne sont pas des cas isolés. Souvent ce sont des virements frauduleux perpétrés par des employés mêmes des banques sur des comptes qui sont pratiquement sans mouvement. Parfois, ce sont des vols purs et simples effectués par des tiers avec de fausses pièces d’identité. Mais quel que soit l’auteur des vols, les clients ont du mal à recouvrer leurs avoirs. C’est le cas de ce client de l’agence BNI d’Antsahavalo où quelqu’un a fait deux retraits de 4 et 5 millions Ar chacun avec l’imprimé « demande retrait sans chèque », (c’est-à-dire un chèque volant) sur son compte. Les lettres de réclamation affichent toute la même réponse : investigation en cours alors que lors de la troisième tentative échoué, l’escroc a laissé dans sa fuite une fausse carte d’identité avec une signature mal imitée, la caméra de surveillance confirmant le visage du voleur. Devant la « célérité » de la banque, le client a du porter plainte. Résultat : 3 employés sont placés en mandat de dépôt et l’argent escroqué demeure indisponible pour le malheureux client.

Pour ce genre d’affaire, le client ne bénéficie d’aucune protection et encore moins d’appui. Il faut dire que les banques sont tellement puissantes que même la Banque centrale et sa super CSBF (commission de supervision bancaire et financière) demeure inerte même après notre article condamnant les abus des banques sur le dos de leurs clients (lire notre édition du 24 août 2012, « Banques primaires : les clients volés en toute impunité) ». Cet article n’a pas été du tout du goût de l’Association profesionnelles des banques. Nos lecteurs comprendront ainsi pourquoi ils ne trouvent pas dans nos pages la publicité annonçant la grève de lundi.

Salomon Ravelontsalama