Télévision France 24: Au service du néocolonialisme

Vendredi soir, France 24 a reproché à la presse malgache de ne pas avoir mis à sa une la mort de Nelson Mandela.

France 24 est libre de choisir la une de son journal télévisée, il en est de même pour les journaux malgaches qui ont leurs urgences et contraintes propres, surtout en cette période électorale. La une des journaux malgaches ne se décide pas à Paris. Etant donné que notre quotidien n’a pris connaissance de la triste nouvelle de la mort de Nelson Mandela que tard dans la nuit du jeudi 5 décembre, il lui a consacré une demi-page dans son édition du vendredi 6 décembre mais il en a fait sa une le samedi 7 décembre. Les citoyens malgaches en général et les journalistes malgaches en particulier n’ont pas attendu la France pour vénérer Nelson Mandela. Ils n’ont pas attendu qu’il meurt pour lui rendre hommage. Les journalistes malgaches ont été bouleversés par la mort de Nelson Mandela, à laquelle tout le monde s’attendait, mais ils n’avaient pas l’obligation morale impérative d’en faire leur une. Les français se trompent s’ils croient pouvoir s’accaparer l’héritage spirituel de Nelson Mandela et culpabiliser les médias malgaches. Après avoir cautionné et soutenu le régime d’Apartheid en Afrique du Sud, voilà que l’Occident se réveille avec une conscience et joue à l’ange attentionné en faisant une couverture médiatique démesurée de la disparition de Madiba. Il veut nous persuader que les chaudes larmes du présent suffiront à effacer les insuffisances du passé. « Le sanglot de l’homme blanc » (Pascal Bruckner) autour de la mort de Nelson Mandela est tellement excessif qu’il apparait pathétique. Les élans de solidarité exaltés et les témoignages de sympathie en technicolor sont tardifs. La France ne s’est pas insurgée lors de l’emprisonnement de Nelson Mandela. Elle ne s’est pas émue lorsqu’il cassait des cailloux à Robben Island. Bien au contraire, elle vendait des armes aux Sud Africains blancs et elle leur achetait de l’uranium en retour. Pendant ce temps, Madagascar abritait une antenne de l’African National Congress (ANC) et aidait donc le peuple Sud Africain dans son combat. Avant de se faire le porte-parole du politiquement correct à l’international et au lieu de jouer au gendarme de la presse francophone, France 24 devrait commencer par dénoncer l’Apartheid qui s’étend en France. Tout comme The Voice of America véhicule l’idéologie impérialiste américaine, France 24 sert et justifie 24h/24 la politique néocolonialiste française. La France fait de beaux discours sur Nelson Mandela et l’élève au rang de demi-dieu sans pour avoir compris son message. Pour preuve, le jour de sa mort, la France jouait au justicier en Centrafrique pour mieux s’emparer de ses richesses, comme au Mali. La disparition de la plus grande figure du continent noir et la reconquête ignoble de l’Afrique par la France rappellent cette citation d’Antonio Gramsci : «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »

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