De toutes les assises et ateliers organisés par le régime de Transition depuis son avènement au pouvoir, les « Dinika santatra » (débats préliminaires) qui se terminent ce jour sont la forme la plus achevée du désengagement de l’Etat, ou plus précisément du pouvoir.
Ce régime sait de plus en plus que des regroupements qu’il domine, ou qu’il manipule, ne servent pas sa cause, notamment auprès de la communauté internationale. D’où cette volonté de laisser la société civile maître du jeu et de ne pas s’immiscer dans la préparation ou l’organisation de ces assises. Rappelons en effet que lors des assises nationales qui se sont déroulées le 2 et le 3 avril 2009, au centre de conférences internationales d’Ivato, Andry Rajoelina en personne s’était présenté à la cérémonie d’ouverture. La coordinatrice de ce regroupement, Blanche Nirina Richard, a été nommée à ce poste par le gouvernement et était de surcroît une fonctionnaire de l’Etat. Les assises suivantes (dites Teny Ifampierana) furent l’Atelier national de préparation des élections, organisées le 6 et 7 janvier 2010 par la vice-Primature chargée de l’Intérieur. Le Premier ministre Camille Vital vint, lors de la cérémonie d’ouverture, rehausser de sa présence l’éclat de ces assises et trôna à la tribune officielle aux côtés de la vice-Premier ministre Manorohanta Cécile. Puis il y eut les « Consultations sur les élections » placées sous l’égide de la Médiature de la République. Même si à la tribune, il n’y eut pas d’officiels mais des dirigeants de la société civile (Sefafi et Cnoe), la neutralité de ces assises n’était pas évidente car le médiateur de la République est un haut fonctionnaire nommé par le chef de l’Etat. Les « Dinika santatra » se veulent impartiaux et indépendants, mais il faut dire qu’ils favorisent les intérêts du régime de transition qui a décrété les élections transparentes comme seule et unique solution de sortie de crise. En effet, le pouvoir entend contourner l’obstacle des trois mouvances et engager des élections qui aient l’adhésion du plus grand nombre. Alibi parfait avec la société civile qui convoque des centaines de partis, groupements et associations pour cogiter sur la sortie de crise, élaborer les contours d’une nouvelle Constitution et définir un nouveau code électoral. Aux yeux de la communauté internationale et de l’opinion intérieure, on présente les évènements comme n’étant plus l’affaire de trois ou quatre mouvances mais de toutes les forces vives de la nation. De cette manière on peut obtenir l’adhésion de la communauté internationale tout en mettant hors circuit les trois mouvances rebelles. Mais certains indices ne manqueront de susciter les suspicions. En premier lieu, ces assises sont financées par l’Etat, ce qui pourrait placer beaucoup de participants dans une disposition d’esprit favorable au régime. Ensuite l’initiateur du regroupement, les Ray amand-Reny Mijoro, est dirigé par des personnalités qui ont des atomes crochus avec le régime, comme le pasteur Ramino Paul qui est le bras droit de Norbert Ratsirahonana, conseiller très écouté d’Andry Rajoelina. Enfin, dans les districts, les « Dinika santatra » sont souvent hébergés par l’Eglise catholique (salles d’œuvre, collèges ou écoles catholiques, foyer de jeunes catholiques etc.), entité ecclésiale qui soutient activement Andry Rajoelina et qui a donc intérêt à ce que ces assises réussissent. En aucun endroit, ces débats préliminaires ne se déroulent dans des locaux relevant de l’Eglise FJKM, de l’Eglise luthérienne FLM ou de l’Eglise anglicane, entités plus réservées vis-à-vis du chef de la transition, sinon franchement hostiles. Il aura fallu ces débats préliminaires pour mettre en évidence un fait : chez les quatre Eglises du FFKM, il n’y a pas de… communion. Adelson RAZAFY |