Corruption, vol d’ossement, bois de rose, or…: Ces crimes qui font des milliardaires

A Madagascar, les milliardaires ne sont pas ce qui manque. Les uns sont connus pour leurs persévérances et leurs sacrifices dans leurs parcours pour arriver à leurs places actuellles. Les autres, notamment les politiciens, se sont enrichis du jour au lendemain sans que l’on ne sache exactement pourquoi…

Madagascar est une île bénie. C’est un paradis à elle toute seule, un monde à part qui fait envier nombre d’hommes fortunés étrangers. Dans son originalité,  90% de sa faune et de sa flore sont endémiques. Ce qui est à la fois bon et mauvais pour le pays. En effet, cette originalité attire les  touristes et cela représente une source de revenu assez importante. Cependant, les espèces d’oiseaux ou de reptiles ou de lémuriens ou même d’arbres rares attirent les trafiquants des 4 coins du monde.  Et on peut dire que Madagascar n’est pas le pays le plus sécurisé au monde, surtout en termes de lutte contre les contrebandiers.

Cet arbre tant convoité par les trafiquants se trouve principalement dans les forêts denses du Nord et du Nord-Est de la Grande île. Jusqu’à présent, il est utilisé comme matières premières pour des fabrications de menuiseries et comme source d’une huile essentielle à vertu médicinale très convoitée. D’ailleurs, les produits dérivés de cet arbre se vendent partout à Madagascar sans restriction. Quant à son exportation, c’est une toute autre histoire.

L’exportation illicite de Bois de Rose est sans aucun doute l’une des affaires de vols de haut niveau le plus mystérieux de Madagascar. Depuis plusieurs années, les autorités locales et les trafiquants jouent au chat et à la souris. Il existe des documentaires sur l’acheminement du Bois de Rose depuis les forêts jusqu’à dans les bateaux qui se propagent sur les réseaux sociaux. On y voit les ouvriers, les pions qui coupent les arbres et les transportent dans un périple meurtrier depuis le cœur de la forêt, en passant par des montagnes et des vallées truffées pas des gardes forestiers. Et les enquêtes s’arrêtent là. Arrivée par bateau, le Bois de Rose prend le chemin du grand large vers des destinations inconnues. En juin de l’année 2011, un convoi a été intercepté à l’île Maurice.  6 centeneurs remplis de Bois de Rose, soit environ 120 tonnes de bois ont été découverts. Ceux-ci ont été rapatriés vers le pays d’origine quelques années après. Qui est derrière tout ça ? Qui achète le bois ? Qui se charge du transport et de l’exportation ? Qui valide l’envoi ? Cela reste un mystère. On sait juste que depuis ces années de cache-cache et d’arrestation, les cerveaux de l’opération sont toujours libres sans le moindre souci d’être suspectée. Les pions sont emprisonnés certes, mais ce n’est pas ce qui manque à Madagascar. Des remplaçants sont tout de suite engagés dès que les autres se font attraper, et le trafic continue. Quelques personnes dites « haut gradé » sont également arrêtées mais ce ne sont pas eux les vrais cerveaux. Dans la majorité des cas, ils servent juste à superviser les trafics. Jusqu’à l’heure actuelle, le trafic de Bois de Rose se fait dans les forêts de Madagascar. On essaie de cacher le nom des responsables étatiques qui sont derrière ce trafic. La Chine figure parmi les pays récepteurs  les plus cités mais elle n’est pas la seule. Il n’y a que les pions qui se mouillent dans cette affaire et les vrais voleurs demeurent dans l’ombre de toutes suspicions. Les étrangers restent chez eux et les petits Malgaches risquent leur vie en apportant le butin chez eux.

L’or de Madagascar, réputé pour sa pureté est exporté vers les 4 coins du monde. Contrairement au trafic du Bois de Rose où les étrangers restent tranquillement chez eux en attendant l’arrivée du butin, les trafiquants d’or viennent carrément à Madagascar pour acheter sur place et se charger eux-mêmes de l’exportation. Les chiffres sont énormes. Des centaines de kilos d’or exportés illégalement par an, c’est beaucoup. Mais où ils vont ?

Majoritairement, l’or exporté illégalement de Madagascar atterrit aux Emirates Arabes Unis. De plus, la majorité des personnes arrêtées dans les Aéroports à cause de possession d’une quantité considérable d’or non déclaré, sont en partance pour ces Etats fédéraux du Moyen-Orient. Ce trafic fait des milliardaires au quotidien. L’or provient des mines illégales de Madagascar et passe par plusieurs intermédiaires avant d’atterrir dans les mains de l’acheteur. Dans les carrières, les gens se sacrifient pour trouver quelques grammes d’or qu’ils vendent entre 30.000 et 50.000 ariary le gramme car ils ne connaissent pas les vrais acheteurs qui proposent les vrais prix. Ces exploiteurs se dévouent corps et âmes pour extraire l’or des carrières les plus enclavés de la Grande île. Il en est de même pour les pierres précieuses comme le Saphir et le Rubis.

Des villes se forment autour de ces carrières où la survie est le grand défi du quotidien. Pour quelques grammes d’or ou de pierres précieuses, les mineurs sont prêt à descendre jusqu’à des centaines de mètres de profondeur sans aucun équipement pour ce travail et avec un tube de sachet en plastique en guise de tuyau de respiration. Et pourtant, ils vendent le butin pour des clopinettes. Derrière eux, des milliardaires s’enrichissent tous les jours. Ils ne se salissent pas les mains, mais ils gagnent 100 fois plus que les exploitants. Sri-Lankais, Indiens, Chinois, Coréens, etc…Ils s’installent illégalement dans les villes avoisinant les mines. Des personnes très haut placées sont derrière l’immuabilité de ces mines illégales. Jusqu’à l’heure actuelle, l’exploitation de ces mines continue et les étrangers occupent toujours les régions avoisinant les carrières.

Le vol d’ossement est le crime le plus mystérieux à Madagascar. Il existe depuis des années et jusqu’à présent, on ne sait toujours pas en quoi vont servir les os volés. Des arrestations se font, mais à chaque fois ce sont les pions qui se font emprisonner et l’affaire reste en stand-by. Cela dure depuis des années. Ce vol est si mystérieux que la population a commencé à imaginer en quoi les os peuvent servir. Certains disent que c’est pour faire du diamant, d’autres affirment que c’est pour en faire des bijoux, etc. Cependant, ces théories ne sont toujours pas confirmées. Les os volés sont retrouvés dans des sacs de riz, prêt à être marchandés d’après les enquêteurs, mais on ne sait pas vers quel pays ou quelle région ou quelle ville. Ce vol est courant à Madagascar. Le pire, c’est que les pilleurs ne connaissent même pas où vont ces os et à quoi voit-il servir. Tous ce qu’ils savent, c’est qu’ils vendent le kilo d’os entre 5.000 et 10.000 ariary le kilo et le revendeur connaît des gens qui les achètent entre 700.000 et 1.000.000 d’ariary le kilo. Le plus mystérieux dans ce crime, c’est que les pilleurs pris en flagrant délit ne donnent jamais aucun indice sur l’identité de leurs commanditaires.  Ils sont muets comme une tombe, ce qui est ironique quand on sait où ils opèrent.

C’est le bâton dans les roues du développement de Madagascar. La corruption se pratique sous toutes les formes et est présente dans tous les domaines. Mais ici, on ne verra pas les corruptions des petits joueurs qui se font quelques milliers d’ariary, voire quelques millions tout au plus comme les agents de la circulation ou les responsables des institutions étatiques aux services publics. On verra surtout les gros gibiers, les personnes très haut placés qui détruisent le pays.

La corruption est la base de la vie de Madagascar. Tous s’obtiennent par pot-de-vin. Des permis de conduire jusqu’aux sièges au sein d’une institution. Derrière une personne haut placée, il y a toujours un richissime multimilliardaire qui tire les ficelles. Même les élections capitales à la vie de la population malgache sont gagnées par corruption. On corrompt les électeurs et on corrompt les bureaux de vote. C’est ainsi que cela fonctionne et jusqu’à présent, il n’y a pas l’ombre d’une résolution. Bien au contraire, même le Bianco reste bouche bée face à la forte tête de leurs suspects qui se défilent des convocations. La corruption est la raison pour laquelle les crimes cités en haut sont toujours présents. Contre des milliards d’ariary, tout est permis. Madagascar est à vendre au plus offrant et parfois, les enchères se font de manière formelle. Les aides, les dons et autres forme de donation de matériels ou d’argent ont tous des contreparties. Parmi les affaires de corruption les plus flagrantes, il y a celle où l’appel d’un ministre menaçant un grand électeur qu’il a payé de quelques millions d’ariary a été intercepté et publié dans les réseaux sociaux, mais cela n’a aucune suite.

Madagascar est forgé dans la corruption. C’est  à cause de cela que des milliers de pions remplissent les prisons et que les milliardaires s’enrichissent davan-

tage. Le développement économique du pays est basé sur les pots-de-vin. L’obtention d’un terrain commercial, d’un permis de vente ou de l’exercice d’un métier ne peut se faire que si l’on ne donne pas « un peu ». Les personnes haut placées derrière ces crimes restent dans l’ombre tandis que les pions fassent tous le sale boulot à leurs places. C’est ainsi que Madagascar fonctionne…

T.Berado