CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY: On a besoin d’un Etat de droit

La série noire continue…C’est comme si personne parmi les hauts responsables n’avait retenu la leçon des retombées des récents évènements dramatiques qui avaient coûté la vie à de simples citoyens et des éléments  des forces  de l’ordre morts dans des conditions désolantes. Dans l’Androy où l’insécurité et la violence font partie du quotidien des habitants coincés et pris en tenaille entre une répression expéditive et la cruauté d’un banditisme au service du commerce  international de la viande, sur les rives de l’Ikongo comme dans la Commune Rurale d’Antsakabary et à Ambanja hier encore, plus que jamais les constats des observateurs restent et  demeurent d’une véracité indéniable «Madagascar est surtout pauvre d’hommes sages… nous manquons de sages car la vérité est bannie, nous ne donnons plus la place qu’il faut à la vérité. »

Il est tout de même inacceptable qu’après des précédents aussi lourds de conséquences qui risquent de nous conduire tous vers une situation très grave, dans la sphère du pouvoir, on n’ait pas encore réussi à circonscrire le mal et mettre en application des options préventives. C’est trop facile de se retrancher derrière une attitude butée de victime d’on ne sait exactement quelle déstabilisation complotée alors qu’il est de notoriété publique que ce régime ne doit en vouloir qu’à lui-même. Au lieu de toujours haranguer la populace sur le thème éculé de l’agitation visant la chute d’un pouvoir qui ne tient plus en place qu’à cause de la couardise et la lâcheté d’une classe politique prompte à ramper devant une oligarchie habile dans la manipulation et le clientélisme politicienne de bas étage, nos dirigeants auraient mieux fait de regarder en face les réalités frustrantes de la mauvaise gouvernance  ambiante. Il y a moins d’un mois, plusieurs  localités perdues dans une  commune éloignée du district de Mandritsara avaient subies les horreurs d’une expédition punitive. Voilà qu’hier déjà en pleine ville d’Ambanja, on ouvre le feu sur des civils. C’est comme si aucune forme de dissuasion ne pouvait être appliquée avant d’arriver à l’irréparable usage d’armes de guerre qui n’avait rien de proportionnel à l’attaque…Il n’est hors de question ici de donner raison à des têtes brulées qui voulaient jouer les justiciers en marge de la loi. Mais tout de même, il faut reconnaître que la part des forces de l’ordre chargé d’assurer la sécurité publique avant d’aboutir au stade du rétablissement de l’ordre public, il y a soit une insuffisance de savoir-faire, soit la panique de celui qui avait le commandement des éléments en présence d’une foule en colère. On se trouve ainsi confronté aux conséquences néfastes des nominations de complaisance à des postes de responsabilité. Il ne faut pas oublier qu’il faut un temps où  au sein du corps de la Police Nationale et aussi de la Gendarmerie  Nationale, les affectations à la tête de certains postes de commandement étaient négociés et monnayés…Avec l’arrivée de vrais chefs au sommet de la hiérarchie des policiers et des  gendarmes, ces pratiques désastreuses étaient en voie de disparition, malheureusement avec ces flottements cycliques dans les nominations aux hauts emplois de l’Etat, quelque part il reste des pistonnés plaqués…

Les maux dévastateurs comme les « crimes contre l’humanité, exploitation irresponsable de nos richesses naturelles, banditisme, insécurité, soif du pouvoir et de l’argent, injustice, corruption, peur de la vérité, égoïsme, esprit de haine et de vengeance,… » troubleront toujours pendant longtemps l’existence des natifs de cette île. Tant que la notion et les pratiques liées à l’Etat de droit  restent et demeurent des illusions au même titre que les mirages aux yeux des simples citoyens égarés dans le désert d’un régime où les lois sont transgressées délibérément pour le profit et par cupidité par les administrés et surtout par les responsables étatiques. Il ne suffit pas de souligner  la main sur le cœur « l'importance d'une justice impartiale, indépendante et efficace » lors des rencontres officielles avec les partenaires techniques  et financiers sans oublier de faire allusion du bout des lèvres à une honteuse affaire pudiquement  baptisée « évènements d’Antsakabary ». Les profiteurs en puissance qui gravitent autour du Chef de l’Etat et les départements ministériels devront toujours avoir en tête les sages recommandations de Chefs des Eglises unanimes qui suggèrent : « Ne foulez pas aux pieds la souveraineté nationale. Ne vendez pas la patrie » Surtout qu’« Il est urgent également d’assainir le monde de la justice et de la sécurité civile. » pour faire disparaître les « mouvements irréfléchis comme le tribunal populaire, le vandalisme et la corruption. » Sinon, ce pays subira les pires effets d’un devenir de tous les dangers. Il ne pourra en être autrement lorsque «Victime impuissante, la population n’a d’autre solution que de se révolter périodiquement contre une classe politique qui la paupérise et qui la méprise, sans jamais se remettre en question elle-même. » Pour sa part la presse ne sera pas fatiguée de ressasser ce qu’il y a mettre à la portée du public. Et c’est tant pis pour ce qui s’en offusque…