chronique de razafilahy: Les impasses d’un système aux abois

Ce n’est pas par hasard si quelque jours seulement après le séjour officiel du président de la République à Ambanja, une émeute tourne mal dans cette ville à cause d’un Barabas local qui échappe trop souvent aux mailles des filets de la justice. Tout le reste n’est que les effets pervers des failles de la bonne administration de la justice.

Résultat inévitable : le recours irréfléchi à la justice populaire, alors que les plaies du drame de Nosy-Be sont à peine cicatrisées. On se demande alors si le savoir-faire en matière de maîtrise des mouvements de foule et le sang-froid ne sont sûrement pas les qualités exigées pour les postes à vocation d’assurer la sécurité en général et de la protection des biens et des personnes en particulier.

Trêve de balivernes. Passons aux choses sérieuses. Un président de la République arrive dans un chef-lieu de District le 14 mars dernier, la raison officielle de sa visite concerne les dégâts cycloniques et les mesures sociales et humanitaires destinées à la  population. Dans les discours habituels les bonnes intentions et engagements oratoires à l’endroit d’une assistance considérée de prime abord comme des futurs électeurs potentiels, on ne tient pas du tout compte des problèmes locaux qui irritent terriblement les habitants. Même si à propos des « événements malheureux d’Antsakabary, le Chef de l’Etat a déclaré qu’il nous faut rétablir le calme et la confiance, et que c’est le devoir de tout un chacun d’œuvrer dans ce sens et éviter d’attiser les rancœurs. »  C’est à peine si les illustres visiteurs en ont touché mot, ne serait-ce que par pure forme à l’endroit des administrés ces éternels oubliés du pouvoir. N’ayons pas peur de le dire clairement, le réalisme et le sens de la responsabilité n’a jamais été le fort de tous les ambitieux qui postulent à devenir le Chef suprême de tout un pays, surtout après les quelques années d’un mandat pas très convaincant. Autour de lui, on souhaite ardemment qu’il rempile pour que toujours vogue la galère de l’exploitation irresponsable de nos richesses et l’utilisation abusive des deniers publics au service de la soif du pouvoir d’une classe politique fanatique de l’hégémonie sur le Savoir et l’Avoir. Faisant sciemment  usage des principes cyniques du machiavélisme combinés à l’achat des consciences, le parti présidentiel est encore tombé dans les travers et les défauts d’un prédécesseur  grand maître de la voyoucratie. Ce pionnier de la braderie des ressources nationales en vertu d’un bail emphytéotique dans le plus pur style du Charte Lambert du temps de la Monarchie, a posé les jalons d’un pillage systématique et à bon marché. Moyennant bien entendu des royalties fabuleuses contre l’octroi de taxes fiscales symboliques pour le Trésor Public.

Chose étrange et à la fois difficilement acceptable, le régime actuel se trouvent coincé dans les impasses des verrouillages d’un passé qui semblent avoir séduits, sinon favorisés la bonne fortune de  l’équipe en place dans les rouages des institutions. Qui peut nous expliquer et justifier la pérennisation jusqu’à ce jour des gestions financières désastreuses et les fonctionnements contestables des services des recettes douanières et fiscales ? Pour un président de la République qui a fait ses premiers pas dans le système dans le ministère des Finances et du Budget durant un régime de Transition qui a fait les beaux jours de tous les trafiquants devenus riches à milliards par le biais des retombées illicites des multiples prohibitions de façade, les observateurs se posent des tas de questions…Serait-ce la raison pour laquelle certaines pratiques dévoyés se perpétuent  encore à l’heure actuelle ? Serait-ce parce qu’autour de la Présidence, les influences néfastes à la bonne gouvernance pèsent trop lourd du poids de leurs richesses ? En tous, il y a trop d’handicaps qui n’expliquent pas du tout ces érosions économiques dans divers secteurs. La filière de l’or hautement lésée par ces milliers de tonnes de lingots annuels qui partent du territoire national sans laisser de traces, la montagne de devises qui dorment dans les banques étrangères que personne ne songe à obliger les propriétaires des comptes à les rapatrier, les facilités avec lesquelles des sociétés appartenant à des étrangers ramassent les titres fonciers et obtiennent des financements publics pour investir dans des affaires hautement juteuses dont les profits iront gonfler des avoirs extérieurs dans leur pays d’origine. Regardez autour de vous et vous comprendrez comment fonctionnent les combines avalisées par intérêts partagés avec des décideurs nationaux qui ont aussi déjà vendu leur âme. Ce n’est pas par hasard que tous, nous assistons indignés mais impuissants à la déliquescence de nos intérêts nationaux communs. Notre collègue Berado a mille fois raisons en déplorant à juste titre dans nos colonnes qu’ à « Madagascar, les milliardaires ne sont pas ce qui manque. Les uns sont connus pour leurs persévérances et leurs sacrifices dans leurs parcours pour arriver à leurs places actuelles. Les autres, notamment les hommes se sont enrichis du jour au lendemain sans que sache exactement pourquoi… » Comment ils s’y prennent alors ? La même source nous précise « la corruption est la base de la vie à Madagascar. Tout s’obtient par le pot-de-vin. Du permis de conduire jusqu’aux sièges dans une institution. »  Le mauvais moment que ces valets de l’étranger nous obligent à vivre est bien sûr une période passagère qui n’a que trop duré et ne devra surtout pas être interminable. Vivement l’innovation dans les mœurs et habitudes politiques qui conduisent vers la fin des aberrations juridico-institutionnelles conçues à l’extérieur pour les besoins d’une insémination artificielle avec notre constitution comme mère porteuse. Seule la promesse d’un lendemain radieux d’une refondation nationale véritable tant espérée et consentie par tous pourrait nous donner naissance à un climat socio-économique plus enchanteur. Il nous appartient de refuser la culpabilité civique d’endurer davantage les affres de ces reconnaissances de dettes à l’échelle planétaire. Non seulement, des partenaires étrangers  exigent « de renoncer à toute idée d’élection présidentielle anticipée », mais que par-dessus le marché, c’est le cas de le dire, les observateurs sur le plan diplomatique affirment « malgré les très prudents soutiens des partenaires techniques et financiers, force est de constater qu’il n’existe pas actuellement de véritable orientation stratégique.  Comble de malheur, «Le Canada est le 6e pays le plus heureux du monde, selon l’ONU, Madagascar au même niveau que la Syrie », c’était au mois de mars l’an dernier. Ce n’est quand même pas une raison humanitaire suffisante pour faire de notre île une destination finale pour des réfugiés que l’Europe refuse d’héberger.

Ajouter un Commentaire