Diplomatie malgache: Prise de risques

Les péripéties de la vie politique intérieure malgache ne sont que des jeux de rôles pour nous divertir. Elles ne doivent pas nous faire oublier tout ce qui se trame derrière notre dos. Après le Sommet de la Francophonie à Antananarivo, on nous avait promis une avalanche d’investissements. On attend encore. Après la conférence des bailleurs et des investisseurs à Paris, on nous avait annoncé 10 milliards USD de financement. On attend encore. Après la visite du président turc Erdogan, on nous avait promis plus de 30 millions USD de financement.

On attend toujours. Aujourd’hui, les déclarations du chef de l’Etat malgache après son récent voyage en Chine tardent à venir. Ces faits mis bout à bout nous amènent à plusieurs observations. En premier lieu, les autorités malgaches ne parviennent pas à convaincre les investisseurs étrangers car leurs agissements sont en contradiction avec leurs paroles. Les investisseurs étrangers ne sont pas dupes. Ils ont écho des faits graves et répétés de corruption et de mauvaise gouvernance qui mettent en péril les grands projets. La méfiance de la communauté internationale à l’égard de Madagascar contraste avec les aides et investissements massifs reçus par d’autres pays africains, au lendemain d’une crise politique majeure consécutive à une contestation électorale ou à un coup d’Etat militaire. En second lieu, les autorités malgaches se croient rusées en essayant de manger à tous les râteliers. Elles croient pouvoir faire jouer la concurrence entre la Chine, les pays du Golfe et les pays occidentaux et aussi entre les pays occidentaux eux-mêmes. Cette stratégie est faiblarde puisque les grandes puissances s’entendent entre elles et ne se préoccupent que de leurs intérêts. En troisième lieu, les autorités malgaches essaient de profiter de l’élection présidentielle française pour s’affranchir du joug de l’ancienne puissance coloniale. Selon le régime malgache, les candidats sont trop occupés par la course à l’Elysée pour garder un œil sur Madagascar.

C’est très mal connaître la France qui considère toujours ses anciennes colonies comme son réservoir exclusif de richesses. Les présidents français se succèdent mais leur politique africaine reste la même. Certains chefs d’Etat africains ont tenté de tourner en vain le dos à la France. Pour mémoire, quelques mois après avoir expulsé l’ambassadeur de France à Madagascar et privilégié les intérêts américains et sud-coréens, Marc Ravalomanana a été contraint de fuir par la petite porte comme un voleur. Aujourd’hui, Hery Rajaonarimampiana prend des risques à vouloir contenter un peu toutes les grandes puissances mais en vérité, il ne satisfait personne et surtout pas ses compatriotes. 

M. GASPARD

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