chronique de Razafilahy: Pourquoi les Premiers ministres refusent de démissionner ?

Le refus d’accepter la proposition de démissionner formulée par le président de la République risque de devenir une tradition dans notre pays. Pour amener Roger Kolo à faire ses valises et quitter Mahazoarivo, tout l’exécutif a été obligé  d’invoquer des raisons que la raison ne connaît pas. Pour son successeur, le départ largement médiatisé avait nécessité des démarches pour le moins intrigante au point de provoquer « une grande confusion dans la classe politique malgache qui restait encore vendredi soir hébétée devant pareille situation. » Annoncé à la presse au Palais présidentiel le vendredi à 14h, la démission du Premier ministre selon un communiqué « Est acceptée la démission qui est présentée par le Premier ministre Jean Ravelonarivo en son nom et au nom du gouvernement de la République. Le  décret entre immédiatement en vigueur dès sa publication par émission radiodiffusée ou télédiffusée. Signé Hery Rajaonarimampianina. »

Le même jour la presse est conviée d’urgence au palais du Premier ministre à 17h pour une déclaration de l'intéressé. « Et de poursuivre en ajoutant : "Je n’ai pas encore déposé ma démission." Si cette phrase pouvait être traduite par un refus, même temporaire, de se soumettre à la volonté de l'exécutif, le Premier ministre a toutefois fait savoir juste après qu'il n'entendait pas perturber plus longtemps le fonctionnement de son pays : "Mais vu les circonstances, vu l’intérêt supérieur de la nation, vu ma volonté de servir Madagascar et non pas de se servir, je vais lui remettre cette lettre de démission en temps voulu et opportun. » La même source poursuit : « La présidence malgache a annoncé avoir nommé Olivier Mahafaly Premier ministre, ce dimanche 10 avril. Il est le troisième chef du gouvernement depuis l'accession au pouvoir du président Hery Rajaonarimampianina en à peine plus de deux ans d’exercice. Jusqu'à présent, Olivier Mahafaly occupait le poste de ministre de l'Intérieur. Mimétisme caractériel ou institutionnel, pas plus tard qu’hier dans la  matinée, le même Olivier Mahafaly sérieusement éclaboussé par les multiples scandales des manipulations budgétaires avérées de son département, confie à des intimes que malgré la sollicitation empressée du président, il refuse « de démissionner. »  Face à tel phénomène à répétition, la question de savoir pourquoi est posée, en connaissant trop bien déjà la réponse ? Chacun de ces  trois chefs de gouvernement avait des raisons personnelles d’agir de la sorte.

Les premiers ministres ne sont pas tous  des anges, il faut bien l’admettre, mais de là, à vouloir se passer des deux premiers sous prétexte qu’il y  avait « fautes graves », Hery Rajaonarimampianina a poussé le bouchon trop loin, que les deux premiers n’ont pas eu peur de tenir tête avant de montrer aux yeux de tous les Malgaches et du reste du monde qu’eux au moins, ils savent ce que veut dire « l’intérêt supérieur de la nation ». Rien de comparable avec la prestation à la limite du banditisme institutionnel qui prévaut à la tête et au sein ce gouvernement qui a vu l’apothéose d’une inculpation pour «favoritisme dans l'attribution de marchés publics, de détournement de deniers publics, de recel de détournement de deniers publics, d'abus de fonction et de blanchiment d'argent », avec comme chef d’orchestre un Premier ministre qui a tenu à cumuler les  fonctions de ministre de l’Intérieur. Si aujourd’hui, l’intéressé ne  croit pas à la nécessité de l’abrogation du décret de  sa nomination en tant que Chef de gouvernement, c’est tout simplement pour éviter de se trouver sous mandat de dépôt. Peu importe les  arguments fallacieux  et oiseux pour le disculper, la responsabilité administrative et pénale est incontournable. Il y a trop de preuves accablantes contre lui et les faisceaux de charges qui pèsent  sur ses épaules sont trop lourds. Seule une éva…évasion sanitaire pourrait le soustraire des filets de la justice. Loin de nous l’intention de le passer en jugement dans notre rédaction, mais il y a des réalités  que le public doit connaître. Sans être des  délateurs en puissance, le devoir de  journaliste est de soulever les réalités que certains veulent camoufler au public. La liste serait trop longue si on veut relater ici les hauts faits des abus dans l’exercice de la puissance publique détournée pour servir des intérêts personnels  égoïstes, les avoirs et les  comptes bancaires en puisant sans compter dans les deniers du Trésor Public. Il faut ajouter à toutes ces turpitudes les manipulations des votes lors des dernières élections. Parmi certains de ses collaborateurs sentant venir la chute de ce locataire de Mahazoarivo, les langues commencent à se délier. Nous ne serons pas étonnés de voir un jour un ancien Premier ministre connaître le même sort que Claudine. Qu’on arrête de faire une fixation sur cette prévenue en cavale, les enquêteurs de Bianco doivent d’ores et déjà se pencher sur les états de services blâmables de ces barons du régime pour ne pas laisser le monopole  de la délinquance aux seuls justiciables de la couche populaire de notre société. Souhaitons que lors de leur assemblée  générale de  ce vendredi les magistrats vêtus de leur toge s’indignent une  fois pour toutes et prennent leurs responsabilités. Sans toutefois faire  d’exclusion.

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