Filière or: Enfin, une stratégie en gestation !

L’Agence nationale de la filière or (ANOR) se bouge pour élaborer avec toutes les parties prenantes une stratégie pour développer ce secteur. Enfin ! Après ses 2 premières années de création donc, l’agence et les autorités ainsi que tous les acteurs concernés se mettent autour d’une table pour accoucher d’une stratégie. A titre de rappel, le pays a déjà disposé d’une entité dédiée à l’or. Mais depuis l’indépendance, la quasi-totalité de l’or extrait du sous-sol de Madagascar s’exporte illicitement. En réalité, c’est la volonté politique de changer la donne qui a toujours fait défaut. La nouvelle stratégie attendue de l’ANOR et de tous les acteurs de la filière risque d’être confrontée au même problème. Il appartient ainsi aux différents responsables de prendre les décisions qui s’imposent. L’ANOR a déjà déployé des efforts en recensant les acteurs de la filière. L’objectif est d’instaurer la traçabilité des produits. L’agence a également distribué des cartes aux orpailleurs, une opération précédée par une campagne de sensibilisation sur la formalisation de la filière et par des formations à l’endroit des collectivités territoriales décentralisées. Ainsi, des actions ont été déjà entamées pour restructurer la filière. Toutefois, elles ne diffèrent pas beaucoup de ce qui a été déjà effectué auparavant.  

Une fois de plus, c’est la volonté politique qui fait défaut. Sans cela, la filière devrait connaître un essor très important. Mieux, elle devrait beaucoup contribuer au développement et à la croissance économique. D’après des experts en effet, l’exportation d’or à elle seule pourrait atténuer la dépendance du pays vis-à-vis des aides extérieures. A titre de rappel, le pays dépend à plus de 70% de ces financements pour le Programme d’investissement public (PIP). Seulement, l’or continue d’être exporté illicitement. Il n’y a qu’à jeter un œil sur l’achat informel d’or en plein Analakely dans la capitale. Il est fort possible qu’une bonne partie des marchandises collectées par ces acheteurs alimente l’exportation illicite. Jusqu’ici, seules quelques descentes ont été organisées pour maîtriser cette activité informelle. Elles n’ont pas donné des résultats probants dans la mesure où les acheteurs informels colonisent toujours la rue devant le lycée Rabearivelo et jusque devant l’hôtel de ville. Sous la transition, il était question de confier le monopole de l’exportation à la Banque centrale. Mais cette disposition mort-née n’a pas abouti à quelque chose de concret.

D’après les données du FMI, 2 tonnes d’or par an sont exportées illicitement. D’autres sources avancent le chiffre de 3 à 4 tonnes par an. Et si l’on revient sur les saisies de ces derniers mois, les autorités aux frontières ont mis la main sur une moyenne de 7,6 kg d’or par mois. Une goutte d’eau dans la mer de l’exportation illicite. Les cours de l’or sur le marché international demeurent pourtant à des niveaux toujours élevés. En mars dernier, le kilo du lingot était à 37 000 dollars. Le pays devrait ainsi afficher un chiffre d’affaires de 74 millions de dollars (près de 18% des pertes occasionnées par le cyclone Enawo) avec l’or qu’il exporte, si l’on prend en compte l’estimation du FMI basée sur les 2 tonnes évoquées ci-dessus. Ce qui donne près de 237 milliards Ar par an. A part le ministère des Finances et du Budget qui s’adjuge le plus gros du budget public, rares sont les ministères à disposer d’un tel budget !

Fanjanarivo

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