Edito: Gros nuage sur le pays !

Après la sécheresse, le cyclone puis l’inflation et la vie chère dans un climat d’insécurité généralisée et de corruption à tous les niveaux de la hiérarchie, le pire est peut-être à venir. En dépit de ce tableau déjà si sombre, le pire malheureusement est peut-être à venir avec la chute continuelle des cours du nickel qui est devenu notre premier produit d’exportation en représentant le tiers des recettes en devises.

Depuis le début de ce mois, les cours stagnent au-dessous de la barre des 10 000 dollars la tonne. Avant-hier, ils étaient à 9310 dollars, soit en légère progression par rapport au niveau le plus de bas de 8 935 le 5 mai. Malgré cette évolution, les spécialistes demeurent pessimistes. D’après le cabinet Wood Mackenzie qui est spécialisé dans les matières premières, il faut s’attendre à un niveau de prix moyen de 8 980 dollars la tonne pour le reste de l’année et en 2018. « Cela signifie que les producteurs pourraient être forcés de réduire, ou même de fermer les opérations », ajoute-t-on. Une sombre perspective partagée par Metal Bulletin qui estime que « rien ne semble s’opposer, sur le court terme, à une pression baissière. Nous pensons que les cours du nickel pourraient chuter vers 8.500 dollars la tonne ». Seule certitude pour les analystes est que pour le marché du nickel, les mouvements de prix continueront d'être volatiles au cours des deux prochaines années ».

Ces analyses ne sont pas pour rassurer et, fort logiquement, les regards se tournent vers Ambatovy dont la production de nickel font du complexe minier le plus gros employeur de Madagascar avec un effectif proche du dixième de celui de l’Etat, le plus contributeur de taxes et le plus grand acheteur sur les marchés locaux avec un million de dollars par jour. La question qui se pose est celle-ci : jusqu’où Ambatovy pourra-t-elle tenir face à cette baisse continuelle des cours ?

Toujours est-il que les mesures de réajustement des charges par Ambatovy, quelle que soit leur nature, devraient s’expliquer aisément. Les actionnaires eux-mêmes ont déjà apporté des décisions telle la redistribution de l’actionnariat entre Sherrit International et Sumitomo (Korea Resources étant le 3ème actionnaire) qui permet de lever les pressions des actionnaires propres à un des co-actionnaires d’Ambatovy, et les garanties qui ont contribué à la renégociation des dettes auprès des banques, les investissements de plus de 7 milliards de dollars étant constitués par d’importants crédits bancaires.

Au-delà du contexte international, cette compagnie comme l’ensemble des entreprises du pays et la population s’attend à juste titre ce que l’Etat malgache en tant que facilitateur des affaires peut faire pour limiter les dégâts et par la suite aider les entreprises à redémarrer. Reste à savoir si le gouvernement est conscient des enjeux.

En tout cas, c’est le moment ou jamais pour le régime en place de réagir. Il ne s’agit pas pour lui de sauver une entreprise multinationale, il lui faut plutôt montrer à la communauté nationale des affaires et aux éventuels investisseurs internationaux désireux de fructifier leurs capitaux dans le pays que l’Etat malgache est derrière eux pour les protéger quels que soient les nuages qui planent sur le pays.

Il y a à peine quelques semaines de cela, le président d’Ambatovy, Tim Dobson, avait déclaré solennellement la détermination de sa société de désormais refuser catégoriquement de répondre aux pressions de la classe politique pour d’éventuels rackets, les dirigeants étatiques y compris. Le message a-t-il été reçu ?

En tout cas, c’est l’ensemble de la communauté des entreprises et .de la population qui attend de voir le président Rajaonarimampianina et son équipe agir pour de bon contre les effets de la sécheresse, le cyclone Enawon, l’inflation et les chocs extérieurs dont la chute des cours du nickel. L’actuel président de la République saura-t-il répondre à ces attentes ?

Sa

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