chronique de razafilahy: Ni le régime Herydogan, ni la République des Juges…

Avec ce raidissement de la pression du SMM à l’endroit du régime en général et de l’exécutif en particulier, les inquiétudes et les méfiances commencent à faire surface au sein de l’opinion. Au début de ce mouvement de type « main propre » afin d’enlever le corps de la magistrature de l’emprise d’une instrumentalisation clientéliste cupide des juridictions au profit toujours de l’argent sale, les syndicalistes avaient acquis toute la sympathie admirative de tout un pays, des justiciables du monde des affaires, du petit peuple surtout et des diplomates en poste à Antananarivo. Mais à mesure que les revendications légitimes de juges languissaient face à des décideurs faisant la sourde oreille paniqués à l’idée d’avoir affaire à un pouvoir judiciaire émancipé et déterminé à ne plus accepter de recevoir des ordres des barons d’un régime aux ordres et soumis à des intérêts privés favoris, le mouvement a fini par montrer des signes d’effritement et l’érosion de la division.

Après une victoire très contestée d’un référendum récusé par l’opinion en Turquie selon l’hebdomadaire Marianne en date d’avril 2017, Erdogan en a profité pour continuer la grande purge opportunément commencée au lendemain du coup d'État raté du 15 juillet 2016. Quatre mille fonctionnaires ont ainsi été limogés, toujours ce samedi, par un simple décret où ils sont tous nommément cités. Très suivie par les médias internationaux, l’évolution de la situation a été constatée par Paris-Match également à partir d’une dépêche d’AFP du   29 avril 2017 qui publie « Parmi eux, environ 1.000 employés du ministère de la Justice et 1.000 autres de l'armée. Tous sont présentés comme des partisans de l'opposant Fethullah Gulen, considéré par Ankara comme l'ordonnateur de la tentative de coup d'État du 15 juillet. Cette nouvelle purge fait suite à celle du 26 avril, la dernière en date, où plus d'un millier de personnes avaient été arrêtées et 9.000 agents de la fonction publique suspendus. Au total, environ 120.000 personnes auraient déjà été renvoyées dans l'administration et le secteur privé depuis le début de la répression, tandis que plus de 40.000 ont été arrêtées. » Pour le moment, il n’existe rien de comparable encore à Madagascar, mais la crainte est grande dans tous les esprits quand on médite là-dessus avec le recul sur ces effervescences qui commencent à poindre dans presque tous les secteurs de la vie de la nation dans notre pays. C’est comme si, presque dans tous les corps de l’Etat, un mot d’ordre a été lancé et suivi pour contester une mauvaise gouvernance qui s’est installée dans toutes les institutions de la république et surtout pour bien marquer le refus de subir davantage les conséquences des carences manifestes des responsables administratifs, financiers et de la sécurité en général à propos de la protection des biens et des personnes.

Qu’on le veuille ou non, la Justice en général et les fonctionnements de tout le système focalisent l’attention de tous pour plusieurs raisons.

Avec cet arrêt de travail qui commence d’aujourd’hui pendant sept jours dans les tous les tribunaux de l’île, parce que selon les syndicats ils n’ont pas l’impression d’avoir été pris en considération au niveau du pouvoir central qui avance le contraire. Dialogue de sourds qui n’a rien de rassurant pour l’ordre public si l’on en juge par les conséquences prévisibles de cette forme de relâche juridictionnelle rien qu’en matière de la lutte contre un banditisme qui sévit dans les villes et les campagnes. Toujours est-il que tout au long de l’histoire de ce pays, le corps de la magistrature a toujours été un acteur très influent sur les évènements qui ont marqué la vie de cette île. En bien comme en mal, il faut le reconnaître en toute honnêteté intellectuelle. La détermination des magistrats en majorité pour redorer le blason de la profession est tout ce qu’il a de plus louable et de souhaitable pour toute la population. Il a toutefois cette suspicion à propos des déviations professionnelles qu’on peut constater même de nos jours dans l’exercice des fonctions de juges. Il est vrai que ce n’est pas à cause des activités abusives et condamnables de certains qu’il faut récuser l’espérance et l’ambition légitime de tous, mais les plus grandes préoccupations du public est justement cet amalgame et ce parti pris inavoués concernant certaines options syndicales teintées d’un relent de corporatisme engagé. En clair, les décisions négatives constatées qui frisent « le déni de justice » que Solofo Randrianja, dans un livre sur le coup d’état de Madagascar en 2009, dénoncent comme étant « des pratiques et des artifices » douteux et malsains avant chaque régime transitoire, scandalisent le commun des mortels. Le rôle joué par quelques magistrats en 2002 et en 2009 ne permet pas d’évacuer l’ombre de cette complicité qui n’honore pas le prestige de la magistrature et incite toujours à la méfiance. Si bien que même les personnes de bonne foi ne manquent d’appréhender l’influence des acteurs politiques dans cet engagement hautement civique pour l’avènement de l’Etat de Droit vers l’intégrité de la justice. Mais surtout pas vers la République des Juges !