chronique de razafilahy: Le sursaut malgache est-il pour demain ?

« Alors que la croissance est devenue la règle dans le monde d’aujourd’hui, c’est le déclin qui, hélas, s’est imposé comme la marque de fabrique de Madagascar. D’après les tout derniers travaux de la Banque mondiale, sur les 155 pays pour lesquels une mesure est disponible, seulement 19, dont la Grande Ile, ont connu une régression économique cumulative prolongée. Pire encore, seuls 11 pays dans le monde, parmi lesquels Madagascar, conjuguent régression économique et pauvreté au sens de la Banque mondiale. Avec plus de 92% de sa population sous le seuil de pauvreté de 2 USD par jour, la contre-performance économique de la Grande Ile place cette dernière juste derrière le Liberia et la République démocratique du Congo, deux pays qui, à la différence de Madagascar, ont, si l’on ose dire, l’excuse d’avoir connu une période prolongée de conflit violent, mais qui, pourtant, en dépit de ce handicap, ont su renouer avec la croissance. » Il y a 4ans que cet inoubliable quoiqu’irritant discours d’un diplomate en poste à Antananarivo a été avait attiré l’attention de l’auditoire le jour du 14 juillet 2013.

Comble de malheur, l’état des lieux sans fards qu’avait dressé en toute bonne foi S.E François Goldblat ce jour-là, reste et demeure malheureusement d’une actualité navrante. Pourquoi ? Uniquement parce que selon un observateur d’une perspicacité admirable « Ce pays est très mal administré (…) On ne le dira pas assez, la politique à Madagascar est pourrie » Selon justement notre confrère Johan R., tout le monde est responsable de cet état de chose, les dirigeants comme les administrés, les élites, les acteurs politiques et surtout « ceux qui parlent sans agir » ainsi que ce qui prétendent que « tout va bien ou encore ceux qui n’agissent pas ». Par couardise car selon la même source « c’est vrai qu’avec des moyens d’oppression violents dont dispose l’Etat, exprimer ses idées actuellement serait se tirer une balle dans la tête. » Il n’y a rien d’exagéré dans tout ce qu’il affirme avec une conviction courageuse et très réfléchie. A propos de cette révélation pas très diplomatique de la part d’un ambassadeur, il faut noter qu’il n’a pas été du tout apprécié par les responsables de la Transition qui nageaient en plein des pires compromissions pour des décideurs dans un régime extraconstitutionnel surtout. Après les élections de décembre 2013, l’espoir était dans les esprits à la pensée de vivre désormais sous la conduite d’un homme nouveau (quoique sorti des langes d’un système taxé de putschiste par la communauté internationale).

Personne, vraiment personne, sauf les éternels râleurs qui sous l’empire d’une sinistrose permanente n’arrêtent pas de jouer les Saint Thomas qui refusent de croire à quelque chose tant qu’ils n’ont pas tâté de leurs propres mains la preuve suffisante pour les faire changer d’avis. Hélas ! Depuis le début du mandat de Hery Rajaonarimampianina, au lieu de seulement montrer du doigt la responsabilité des politiciens c’est toute la population de l’île qui réalise que chaque jour que le Bon Dieu fait, elle met le doigt et le nez sur cette plaie gangrenée qui est la mauvaise gouvernance ambiante. Chaque année d’un mandat que l’on souhaite vivement pouvoir voir la fin, apporte son cortège de malheurs pour les habitants, si ce ne sont pas les clavaires de la famine et des dégâts causés par les perturbations climatiques, le pays n’arrête pas d’avoir à subir les calamités d’une insécurité généralisée dans les villes comme dans les campagnes et les affres des agissements et autres activités abusifs des détenteurs de l’autorité et des forces de répression. Il faut bien mater les fortes têtes et les excités qui se prennent pour des champions de la démocratie et des droits civiques. On se croit dans ces villes du sud des Etats-Unis du temps de la ségrégation raciale. Si les entités les plus motivées de la société se lèvent et dressent le poing pour refuser les abus et l’injustice flagrante sous lesquels vivent les simples citoyens, c’est que le moment est venu pour faire comprendre à tous les opportunistes de l’enrichissement illicite avaient casé dans le confort complice de l’exploitation de l’homme par les hommes du pouvoir, que les violations des lois et de la constitution doivent cesser. Le moment n’est plus aux jérémiades et jacasseries stériles de politicards qui lorgnent sans arrêt vers quelques privilèges clientélistes. C’est le moment ou jamais de mettre en exécution cette formule qui veut que la justice peut « convoquer toute personne, quelle soit ministre ou… » même Premier ministre. Tant qu’il y aura des exclus en matière de poursuite judiciaire, il n’y aura rien espérer de ces mouvements qui agitent l’opinion dans le sens de l’Etat de Droit. Vivement qu’on célèbre enfin, « après une interminable attente, le sursaut malgache, pour que nous aussi, nous puissions chanter l’hymne à la Liberté parce que « le jour de gloire est arrivé ». Il est permis de rêver ! Non ?...

Ajouter un Commentaire