10 août 1991 : Aux oubliettes ?

Un quart de siècle l’année dernière, 26 ans aujourd’hui. D’année en année, la date du 10 août 1991 passe et s’efface. Comme toutes les dates qui ont d’ailleurs marqué l’histoire de Madagascar par un bain de sang. Pour rappel, un mouvement de révolte populaire dit « Marche de la liberté » a eu lieu à cette occasion dirigé par les mouvements politiques de l’opposition réunis au sein du Herivelona Rasalama, pour renverser le régime de Didier Ratsiraka. Mais ce qu’il faut surtout retenir c’est que des dizaines de citoyens malgaches, voire une centaine selon le bilan de l’opposition, ont péri lors de cette manifestation.

Ces sangs versés n’ont pourtant pas été rendus justice jusqu’à présent car, par la magie politique, aucun responsable n’a été clairement désigné. La faute est-il au président de l’époque qui a franchement donné l’ordre à ses disciples de tirer sur la foule, ou aux leaders politiques qui ont mené cette même foule dans une zone rouge ? Cette question, et d’autres micmacs ont permis aux deux protagonistes d’éviter toute comparution devant la justice. Des partisans du professeur Zafy Albert, parmi les leaders de la « Marche pour la liberté », affirme que ce dernier a par trois fois déposé plainte auprès de la Cour européenne pour les droits de l’Homme à ce sujet. Des plaintes qui auraient toujours été considérées irrecevables à cause de cette question de culpabilité partagée. D’autant plus qu’une entente a finalement été trouvée entre le président de l’époque et les opposants, pour que chacun y gagne ce qu’il veut : c’est-à-dire une transition avec un pouvoir partagé.

Bref, pour cette année comme pour la précédente, aucune commémoration n’est programmée pour le 10 août 1991. Même s’il y en a, ce sont les proches des victimes qui s’organisent entre eux. Alain Ramaroson est l’un des fervents de la commémoration pour cette date, mais puisqu’il est en prison.

Outrepassant toute cette manigance politique, le tout est que les sangs malgaches versés à cette époque restent jusqu’à présent impunis. Et l’histoire s’est déjà plusieurs fois répété depuis. Notamment en 2002 et en 2009. Des Malgaches meurent en croyant le faire pour sauver l’avenir de son prochain, mais rien ne se passe après. Pire, le gouffre de la pauvreté s’approfondit. Manandafy Rakotoniriana, également présent sur la scène lors des évènements de 1991 même si lui et la MFM étaient contre cette escapade à Iavoloha, commente à ce sujet que Madagascar n’a jamais réussi à faire une alternance démocratique. Didier Ratsiraka a quant à lui timidement présenté des excuses à ce propos lors d’un passage à la télévision en 2013. Et les vies perdues à chaque fois aux oubliettes.

Nomena E.

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