Communauté africaine : Haro sur Madagascar ! PDF Imprimer Envoyer
Une preuve de plus : les présidents dictateurs africains, encore et toujours, se soutiennent entre eux. En effet, leur porte-parole, leur complice, l’Union africaine (UA) a reconnu hier la victoire de Faure Gnassingbé, à l’issue de l’élection présidentielle togolaise. Fils du dictateur Gnassingbé Eyadéma, Faure revendique 60,92% des voix. Un score accepté, sans la moindre enquête, par l’UA. Mais le candidat de l’opposition, Jean-Pierre Fabre estime qu’il y eut bourrage des urnes et affirme qu’il est crédité de 75% des voix...

En tout cas, l’Union européenne (UE) croit que ce scrutin s’est déroulé dans l’opacité totale, et « dénonce des irrégularités » (sic). Un document publié le 6 mars par l’UE constate, entre autres, que les médias d’Etat ont consacré « jusqu’à 96% du temps de parole » au président sortant. Le soupçon le plus grave émis par les 130 observateurs de l’UE, concerne le mode de transmission des résultats locaux à la commission électorale « indépendante », chargée de les centraliser. Selon, apprend-on, plusieurs sources, certains appareils de transmission sont « tombés en panne », ouvrant la voie à une transmission manuelle propice à la fraude. Rappelons que Faure a été élu cinq ans auparavant après un scrutin truqué, marqué par… 500 morts.

Cette farce électorale au Togo ne dérange nullement l’Union africaine. Celle-ci est d’ailleurs habituée à ce genre de scrutin où des « dauphins » désignés et soutenus par l’armée de leurs pays respectifs, sont candidats à la présidentielle (Gabon, RDC...). Régulièrement, l’UA ferme les yeux. Au Togo ou ailleurs sur le continent, les coups d’Etat « soft », sinon institutionnels, sont désormais monnaie courante en Afrique. Ce ne sont, en tout cas, pas la Sadec ni l’UA qui iront les dénoncer.

Aussi, le Togo et son président Faure Gnassingbé ne seront assurément pas « sanctionnés » et ce malgré la protestation de l’Union européenne qui a déboursé neuf millions d’euros quant à l’organisation de cette élection présidentielle.

Jean Ping, président de la commission de l’UA, considérant peut-être que les Malgaches ne sont pas d’« authentiques » Africains, peut se permettre de sanctionner, de dénigrer l’île, après la démission et le départ en exil de son « copain » Marc Ravalomanana, et de recommander, d’imposer l’application des accords de Maputo et d’Addis-Abeba. De qui se moque-t-on ?

Hier soir, nous avons a reçu un coup de téléphone d’Addis-Abeba (siège de l’UA), annonçant que la communauté internationale pourrait (le conditionnel est de rigueur) donner son feu vert quant à la tenue des prochaines élections législatives (Ndlr : Assemblée constituante), « à la seule condition qu’un gouvernement de consensus, de coalition, d’ouverture ait lieu dans les plus brefs délais. »

En tout état de cause, le comportement de la communauté africaine, à l’égard de la situation qui prévaut depuis pratiquement un an à Madagascar, étonne plus d’un. Cet acharnement contre le régime de la Transition laisse perplexe. Une attitude, un traitement qui tranche nettement avec celui que l’UA dispense à la Mauritanie, à la Guinée, au Niger, au Togo… Ces « petits arrangements » entre Africains agacent énormément les Malgaches C’est, ni plus ni moins, que de la discrimination. D’après nos informations, le Maroc, l’île Maurice, le Sénégal, les Seychelles et aussi (eh oui !) la Libye se désolidarisent des éventuelles mesures coercitives décrétées par l’UA contre Madagascar.

A maintes reprises, nous avons de cesse déplorer cette exclusion, cette maltraitance dont est victime notre pays. L’UA doit absolument revoir sa position vis-à-vis de Madagascar. A terme, cela va, en effet, terminer par le départ de l’île et de l’Union africaine et de la Sadc. Les Malgaches n’ont rien à perdre ni à gagner en tournant le dos à ces institutions panafricaines. Qu’on se le dise, une bonne fois pour toutes.

Parallèlement, l’Union européenne et la France (il n’y a rien à attendre des Etats-Unis : le journal est en possession du résumé du dernier rapport, particulièrement odieux, que l’ambassadeur US a envoyé au Département d’Etat, dans lequel il stigmatise Paris) sont actuellement dans l’expectative, après l’atelier d’Ivato. A Andry Rajoelina, donc, de détailler, d’expliquer davantage « sa » feuille de route, car des points, censés sortir le pays de la crise, demeurent flous, voire obscurs. Une remarque émerge notamment : personne ne croit que la Transition, comme il a été annoncé à la fin dudit atelier, va s’achever d’ici le 31 décembre.

Franck RAHARISON