Madagascar aurait-il fait le choix d’être le champion de la pauvreté ?: Le PIB, cet indicateur économique si usité et pourtant si mal appréhendé.
Regards Croisés va essayer à travers cet article de familiariser le malgache à ce concept, car tout limité qu’il soit (il n’évalue pas toutes les richesses d’un pays), le PIB reste un indicateur utile. Il introduit une certaine transparence dans l’économie en révélant l’apport des différents secteurs à la richesse nationale et sa répartition entre ménages et entreprises. Dans la grande compétition économique, il demeure la mesure suprême de la réussite d’un pays. Quant à la richesse, au sens de la comptabilité nationale, c’est la valeur nette du patrimoine, définie par la différence entre l’ensemble des actifs corporels (bâtiments, machines, stocks, terrains, certains monuments historiques, certaines ressources du sous-sol, etc…), certains actifs incorporels (brevets, droits d’auteur, marques de fabrique, etc…), des actifs financiers (moyens de paiement internationaux, monnaie, dépôts non monétaires, obligations, actions et autres participations, crédits à court terme, crédits à moyen et long terme, réserves techniques d’assurance) et l’ensemble des passifs financiers (même nomenclature que celle des actifs financiers).
Qu’est-ce que le PIB ?
Grandeur vedette de la comptabilité nationale, il vise à décrire l’activité économique d’un pays sous une forme simplifiée. Le PIB (Produit Intérieur Brut) connu du grand public à travers les médias devient le référentiel des responsables politiques, des cadres supérieurs du secteur public comme du secteur privé, enseignants et étudiants de l’enseignement supérieur. Cependant, à l’exception de quelques Initiés, la signification exacte de cet agrégat demeure largement mal connue. Cet article a pour ambition de contribuer à éclaircir quelques aspects essentiels de cet important indicateur. A cet effet, une présentation par un exemple est appropriée pour une meilleure compréhension sans être exagérément réductrice.
Considérons une boulangerie. A sa création elle possède une usine et des capitaux apportés par les banques et les actionnaires. Si le pain qu’elle produit vaut 1 000Ariary et si les matières premières (farine, sel, etc…) appelées consommations intermédiaires ont couté 400Ariary, on dit que l’entreprise a ajouté de la valeur 600Ariary, grâce au travail et au capital, aux produits qu’elle a utilisés et, cette valeur ajoutée mesure sa contribution à la production nationale. La somme de toutes les contributions est le PIB. Sont exclues du PIB, de ce fait, les consommations intermédiaires non introduites dans le circuit productif et rachetées grâce aux revenus générés par la production pour une consommation finale.
La Comptabilité Nationale détermine le PIB selon 3 approches : l’approche par la production, l’approche par les dépenses c’est-à-dire le prix d’acquisition et l’approche par les revenus c’est à dire les salaires. Ainsi, la combinaison des approches par la production et par les dépenses permet de formuler une définition plus précise et plus concrète du PIB. C’est la valeur totale des biens et services produits par les entreprises résidentes sur le territoire économique au cours d’une période donnée (généralement l’année civile) et disponible pour les emplois finals. Par ailleurs, le territoire économique se définit comme étant le territoire géographique à l’exclusion des enclaves extraterritoriales, à savoir l’espace aérien national, les eaux territoriales et la partie du plateau continental situé dans les eaux internationales sur laquelle le pays concerné dispose de droits exclusifs ; les enclaves territoriales c'est-à-dire les territoires géographiques situés dans d’autres pays et utilisés par les administrations publiques du pays concerné en vertu de traités ou d’accords internationaux : ambassades et consulats, etc… ; les zones franches, les entrepôts industriels et les usines sous contrôle douanier du pays concerné ; les gisements situés dans les eaux internationales, en dehors du plateau continental, et exploités par des unités résidentes sur le territoire économique.
A Madagascar, comme souvent dans d’autres pays, le calcul du PIB revient à la compétence de la Direction Nationale de la Statistique. Le calcul suit les normes internationales figurant dans le volume intitulé Système de Comptabilité Nationale 1993, ouvrage publié sous l’égide des Nations Unies, de l’Union Européenne, du FMI, de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) et de la Banque Mondiale dont la rédaction a été supervisée par l’équipe d’un ingénieur statisticien malgache, feu monsieur RAKOTOBE René, ancien fonctionnaire international.
Les limites de l’indicateur
Dans le calcul du PIB ne sont pris en compte que les biens et les services produits dans le pays ayant une valeur marchande. Ce qui exclut, de fait, tout ce qui est gratuit ou qui n’a pas de valeur d’échange monétaire, mesuré à leur prix ; à savoir les activités bénévoles, le travail domestique, les ressources naturelles qui n’ont pas de prix sur le marché, comme l’air par exemple.
De ce fait, le PIB ne peut renseigner sur la qualité d’un produit ni à qui profite la richesse produite. Il est l’indicateur de toutes les activités qui génèrent des valeurs marchandes, activités qui viennent gonfler le PIB ; par contre les interventions bénévoles, les dégâts moraux, les mauvaises conditions de travail, les nuisances des activités économiques et industrielles sur l’environnement, tous ces événements qui impactent le bien-être et le mieux vivre de l’être humain sont complétement occultés dans l’évaluation du PIB. Ce constat vaut pour la plupart de développement humain : santé, inégalités, violences, éducation, etc…Et pourtant il semblerait que l’augmentation de la plus-value, le taux de croissance, sert en partie ou en totalité à couvrir les coûts des atteintes à la santé et à l’environnement, atteintes provoquées, semble-t-il, par cette même croissance.
Cherchez l’erreur ?
C’est ainsi que d’autres indicateurs ont été développés pour pallier l’information biaisée et insuffisante par le PIB et pour élargir la compréhension de la richesse des nations. C’est ainsi du IDH, Indicateur de Développement Humain ou l’IPH, Indicateur de la Pauvreté humaine, indicateurs du Programme des Nations Unies (PNUD) ou les indicateurs de la Banque Mondiale qui évaluent les richesses humaines et naturelles, ou encore l’indicateur du Bonheur National Brut. Aujourd’hui a été également développé un système d’indicateurs du développement durable. Dans le cadre du développement durable, il serait intéressant de connaître la part de la croissance consacrée à payer des dégâts humains et environnementaux.
Enfin, en raison de la carence de l’information statistique, le terme de brut signifie que la Comptabilité Nationale ne tient pas compte de la détérioration du capital productif, qui constitue cependant une véritable consommation intermédiaire.
Maintenant, à travers ces concepts dégrossis, Regards Croisés invite le malgache à la réflexion, réflexion sur une liste non exhaustive car trop longue des réalités malgaches : les Iles Eparses, la Jirama, Air Madagascar, Soamahamanina, les grands projets d’investissements à Diégo Suarez, Beroroha, etc…
Les chiffres
En référence à l’article signé par Fanjanarivo paru le 26 février 2014 dans la Gazette de la Grande Ile. Regards Croisés cite : « le PIB de Madagascar, inférieur au chiffre d’affaires de Peugeot Citroën, société classée dernier du top 10 des constructeurs automobiles en terme de chiffres d’affaires. Celui-ci est évalué par la Banque mondiale à 10,613 milliards $US courants pour 22 millions d’âmes ». A cette époque, l’économiste-enseignant-chercheur Hugues Rajaonson a complété sa comparaison par cette analyse : « Madagascar est donc très, très pauvre, il faut une politique économique et financière ainsi qu’un premier ministre répondant à la vision du Président de la République si on se base sur cette vision pour sortir le pays de la pauvreté. »…, En 2015, le même organisme affiche pour Madagascar le chiffre de 9,981 milliards $US courants pour 24 235 390 millions d’âmes. Le Bilan du Monde, les éditions 2013/(et)2016, affiche les chiffres du PIB par habitant, Regards Croisés rapporte ici les chiffres publiés et comparés sur deux années des cinq pays d’Afrique, en queue de peloton, Burundi (288,3/315), Centre Afrique (445,8/338), Malawi (270/352), Gambie (508,7/384) et Madagascar (448,7/392).
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Nancy Razanatseheno.
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