Sommet d’Addis Abeba: Déplacement inutile…
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- Catégorie : La Une
- Publié le lundi 1 février 2016 06:56
Ses fréquents voyages à l’étranger ayant été pointés du doigt, en raison de leur coût et de leur caractère infructueux, le président Hery Rajaonarimampianina s’en est expliqué mercredi devant la presse.
Selon lui en gros, il importe de se rendre aux sommets de la Sadc, de la Comesa, de l’Union africaine, des Nations Unies etc. car Madagascar est membre de ces organisations internationales. Se sentant excusé après sa tirade, l’homme s’est aussitôt envolé pour Addis Abeba où se tient à partir de ce jour le 26ème sommet de l’Union africaine.
En fait, voilà le genre de déplacement inutile dont on aurait pu faire l’économie. D’abord car le rassemblement de janvier de l’Union africaine est un « sous-sommet » où ne viennent que moins de la moitié des chefs d’Etat membres. Le moment fort de l’Union africaine, c’est le sommet de juin qui ne se tient pas au siège de l’entité à Addis Abeba, mais dans une capitale qui en a demandé expressément l’organisation. Ensuite car les thèmes inscrits à l’ordre du jour sont d’une portée moindre. A Addis Abeba ce jour, les chefs d’Etat vont débattre de sujets qui ne préoccupent par la population malgache. Comme l’envoi de 5000 hommes de troupe au Burundi pour stabiliser ce pays menacé par la guerre civile, ou la création d’une Cour Pénale Africaine où veulent comparaître les dictateurs effrayés par la Cour Pénale Internationale de La Haye. Le chef d’Etat malgache aurait mieux fait de rester au pays, pour réfléchir sur les moyens de combattre les famines cycliques dans le sud, ou sur la manière d’éradiquer la corruption chez les magistrats et les forces de l’ordre. Il aurait ainsi fait œuvre utile et répondu aux attentes d’une population qui ploie de plus en plus sous le poids de la misère. Et l’effet de ses réflexions, à Antananarivo et non à Addis Abeba, aurait eu un impact plus bénéfique sur le sort de la population. Le hic chez Hery Rajaonarimampianina, c’est qu’il aligne dans son agenda les sommets de l’année, et se croît obligé de les honorer tous. Lui et ses proches devraient passer en revue ces conférences internationales et tailler dans le tas pour éliminer les moins rentables.
En fait, arrivé providentiellement au pouvoir, Hery Rajaonarimampianina apprécie les sommets où il se sent plus que jamais chef d’Etat. A Addis Abeba par exemple, il est accueilli avec des égards particuliers : hymne national, tapis rouge, salon d’honneur, véhicule de luxe etc. Voilà qui lui permet de se pénétrer de ses fonctions suprêmes, de rehausser la conscience qu’il a de lui-même et de manifester une solidarité corporatiste avec ses pairs africains. Bref, participer à un sommet, c’est aussi flatter son ego et regonfler son moral après les critiques acerbes essuyées au pays. Rapportons les propos tenus hier à Addis Abeba par la ministre des Affaires étrangères Atallah Béatrice : « Le programme du président Hery Rajaonarimampianina est lourd. Beaucoup demandent à le rencontrer : le secrétaire général Ban-Ki-Moon, le président Jacob Zuma, le Premier ministre algérien (ndlr : Abdelmalek Sellal) etc. ». La ministre est une bonne propagandiste, et fait croire que la présence présidentielle à ce sommet s’impose. D’ailleurs, elle inverse les rôles car c’est surtout le chef d’Etat malgache qui est demandeur. Les personnalités étrangères se bousculent chez les chefs d’Etat qui ont une longue expérience, qui ont réussi dans leurs tâches, qui ont un rayonnement international et chez qui on peut apprendre. Voilà un profil qui ne cadre pas avec celui de Hery Rajaonarimampianina. En tout cas, en recevant Abdelmalek Sellal, l’homme devrait se persuader d’un fait : il n’est pas obligé de courir tous les sommets et peut y déléguer son Premier ministre.
A.R