Cour des comptes: Rien sur les détournements !

La Cour des Comptes a remis solennellement hier au chef de l’Etat, au palais d’Iavoloha, son rapport 2001-2014 ( !) sur l’utilisation des fonds publics.

Cette juridiction, qui relève de la Cour Suprême, a pour mission, entre autres, de contrôler l’exécution des budgets publics. Selon le chef de la délégation de magistrats, Rabakovololona Bako, la Cour des Comptes a  mis en évidence dans ce rapport « ce qui était convenable et ce qui ne l’était pas dans l’utilisation des fonds publics ». A charge pour les pouvoirs publics de redresser les torts et de rectifier le tir. Bref, cette juridiction s’est cantonnée dans des généralités sans réelle portée. On sait déjà ce qui va se passer : les suggestions de la Cour des Comptes seront reléguées au fond des tiroirs et resteront lettre morte. Raison pour laquelle la mauvaise gestion, les détournements de fonds et les malversations dominent toujours la vie de l’administration publique. Même si la Cour des Comptes existe depuis l’indépendance de 1960 et remet donc annuellement un rapport depuis 55 ans. Voilà une institution (composée de magistrats) qui coûte beaucoup à l’Etat et qui restitue bien peu de ce qu’elle dépense.

Dans l’actuelle conjoncture, on attend de la Cour des Comptes une action plus percutante contre le mal qui mine l’administration et les entreprises publiques : les détournements de fonds. Selon le Premier ministre Kolo Roger en son temps, 40% des aides en nature et en espèces sont détournées.  La Direction Générale du Trésor a estimé à 2,8 millions de dollars les sommes détournées dans les seules entreprises publiques en 2012. A la Caisse d’Epargne de Madagascar, placée sous la tutelle du ministère des Finances et du Budget, les malversations étaient en 2012 de l’ordre de 5 milliards d’ariary. Ce ne sont là qu’un aperçu du sport pratiqué activement dans la Fonction publique et les entreprises publiques. La Cour des Comptes qui juge les comptes des comptables publics et contrôle la gestion des entreprises publiques devrait participer à la lutte contre cette gangrène.

En France par exemple, la Cour des Comptes (dont s’est inspirée la nôtre) a épinglé la gestion de la Cité du Cinéma du réalisateur Luc Besson en 2012, estimant que l’utilisation des fonds publics y était entachée d’ « anomalies ». La justice s’est saisie de l’affaire et le parquet a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire… Voilà ce que l’on attend d’une Cour des Comptes : une utilité pratique et terre à terre qui a des retombées directes sur la vie de la nation. Dans beaucoup de pays d’Afrique également, les Cours des Comptes combattent la délinquance économique et financière et servent directement l’économie de leurs pays.

Si les détournements de fonds (surtout à grande échelle) prospèrent dans l’administration malgache, c’est car les institutions de contrôle ne sont pas mises à contribution. L’Inspection Générale d’Etat (IGE), par exemple, ne se met en branle que sur un ordre de mission émanant du Président de la République. Si ce dernier ne veut pas que des enquêtes soient menées dans tel ou tel ministère, il n’a qu’à retenir l’IGE… Plutôt que de se cantonner dans un blabla stérile, la Cour des Comptes devrait grossir le nombre des institutions de contrôle et attirer l’attention sur les cas de malversation. Et cela, afin que d’autres corps plus spécialisés comme l’IGE, le Contrôle d’Etat ou le Bianco puissent faire leur œuvre, et transmettre les affaires suspectes à la justice.

Pendant des décennies, même du côté des magistrats, un poste à la Cour des Comptes était considéré comme une sinécure. C’est-à-dire comme un emploi très bien payé pour un travail faible ou nul. Hery Rajaonarimampianina, destinataire des rapports et président du Conseil Supérieur de la Magistrature devrait y mettre bon ordre.

            A.R

 

 

 

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