édito : Le malheur des uns fait le bonheur des autres

Indigne ! Tous autant qu’ils sont…Lorsqu’on voit la ministre de la Population, puis Andry Rajoelina, puis le couple présidentiel aller dans le Sud ramener nourritures, eau, habits, etc. , pour la population de là-bas, victime de la sécheresse, on ne peut qu’être offusqué. Offusqué par les calculs politiques ou rivalités politiques, offusqué par cette manière exécrable de se faire un nom sur le malheur de population, offusqué par ces solutions tip-top renouvelées chaque année.

     La ministre de la Population était dans le Sud profond l’année dernière et a vu de ses yeux le malheur des gens qui ne sont pas gâtés par les aléas climatiques. La chaîne TV Plus avait même sorti un reportage poignant montrant les réalités et les difficultés du quotidien de la population du grand sud, à quoi elle avait été réduite au point de manger de la cendre mélangée à du tamarin, à des feuilles de cactus. Pendant un an, pendant 12 longs mois, n’y avait-il pas eu des stratégies pour faire face à la situation qui inévitablement reviendra dès qu’il ne pleut pas ? N’y avait-il aucun plan pour que les conséquences des aléas climatiques puissent être devancées avant d’attendre que la population souffre de famine, avant d’attendre que rien de ce qui a pu être planté ne pousse ? Est-ce que la ministre de la Population avait pensé naïvement que le sud serait épargné par la sécheresse cette année ou fallait-il douze longs mois pour avancer une stratégie ? Verra-t-on de nouveau des ateliers et autres regroupements de techniciens et de politiciens qui accoucheront d’une souris alors même que l’urgence est là ?

Qu’est-ce au juste la gestion des risques et catastrophes ? Qu’est-ce au juste la gestion du long terme ? Qu’est-ce au juste gouverner un pays ? Offusqué également, non pas parce que Andry Rajoelina est venu au chevet de la population du sud, avant ou après le chef de l’Etat, cela n’a aucune importance, mais offusqué car pendant les cinq années qu’il a passé à la tête de l’Etat, il a été incapable de mettre en place des solutions pérennes pour venir à bout des conséquences de la sécheresse dans le quotidien de la population du sud de Madagascar. Il a préféré construire des hôpitaux aux normes qui ne fonctionnent même plus et il est évident que son déplacement était animé exclusivement par une volonté farouche de ne pas être oublié par la population du sud de l’île. Offusqué enfin, car le couple présidentiel a mis en exergue le fameux « Hery sy Voahangy Mitsangatsangana » (HVM) si bien que leur visite là-bas s’apparentait plus à du tourisme qu’à une volonté de connaître réellement le quotidien de la population au point de minimiser la misère dans laquelle vit ces éternels sinistrés. Ce n’est pas parce que le président et sa moitié se pavanent sous un tamarinier à écouter les discours des anciens que la famine, dès l’absence de pluie, et la malnutrition de ces jeunes enfants vont disparaître. Offusqué surtout de la manière dont le quotidien de la population de ce Sud profond est exploité par des personnes qui chacune mange à sa faim, qui claque de l’argent en veux-tu en voilà dans les capitales étrangères. Leurs semblables sont devenus pour eux « des instruments » pour faire de la politique. Ce n’est pas encore maintenant que la solution pérenne pour le Sud de l’île verra le jour. Finalement, cette population compte beaucoup plus sur les ONG malgaches ou étrangères qui interviennent là-bas plutôt que de compter sur un quelconque pouvoir public.

Anaïs T.