L’adoption de deux projets de décret sur l’éthanol a été à l’ordre du jour du conseil de gouvernement le 16 février dernier. Mais on ne peut que s’interroger sur l’éventuelle efficacité de toute une brochette de nominations de responsables au sein du Bureau de coordination nationale du programme national éthanol combustible (BCN/PNEC). Car outre le comité d’orientation affublé d’une vingtaine de membres représentant la présidence, la primature et les ministères concernés, le BCN/PNEC est également doté d’une unité de coordination composé de 6 membres. Tout ce beau monde est issu du secteur public et d’aucuns savent que la plupart de ces membres n’a pas les compétences requises pour la promotion de la filière éthanol combustible. En revanche, le secteur privé censé être un acteur de premier ordre dans cette nouvelle filière est tout simplement occulté et dans le conseil d’orientation et au niveau de l’unité de coordination. Certes, la filière est toute nouvelle et les expériences manquent encore, mais quelques entreprises s’y sont déjà engouffrées. La première industrie a même démarré en 2014. Il faut aussi souligner que l’éthanol combustible ne demande qu’à se développer d’autant plus qu’elle devrait avoir en face une demande plutôt conséquente.
20% des ménages sont déjà familiers avec l’éthanol combustible selon l’enquête à haute fréquence par téléphone mobile de l’Institut national de la statistique (INSTAT) en février et en mars 2015. Puis, environ 70% sont prêts à substituer leur source d’énergie principale actuelle avec l’éthanol. Mieux, l’INSTAT remarque que quel que soit le niveau de vie des ménages, plus de la moitié serait prêt à troquer leur source d’énergie domestique habituelle contre l’éthanol. Cette proportion est de 57,7% chez les ménages les plus pauvres et 76,6% chez les ménages les plus riches. Comme quoi, l’éthanol combustible a une importante clientèle potentielle. Il devrait aussi participer à la réduction de la déforestation dont les produits servent de bois de chauffe et de charbon de bois. Pour le moment, plus de 98% des Malagasy utilisent ces sources ligneuses comme combustible domestique. Le pays voit pourtant sa couverture forestière disparaître à une vitesse grand V. Or, le bois de chauffe et le charbon de bois sont également à l’origine de nombreuses maladies respiratoires.
Leur remplacement par de l’éthanol combustible ne peut ainsi que produire des avantages multiples tant économiques qu’environnementaux et en matière de santé publique. Mais après l’adoption de la loi sur la filière en 2015, c’est seulement maintenant que le gouvernement sort de son sommeil et procède à cette longue nomination de responsables. Il faudra attendre pour voir si ces équipes vont être efficaces ou non pour la promotion de la filière. Pour l’heure, il faut relever que même dans le communiqué du conseil de gouvernement, on ne sait plus s’il s’agit d’un conseil ou d’un comité d’orientation.
Fanjanarivo