«Les containers de nickel d’Ambatovy destinées à l’exportation sont bloqués depuis plusieurs jours au Port de Toamasina. De même, les cargaisons de matières premières et de pièces détachées qui nous sont destinées ne sont plus acceptées par les compagnies maritimes. Ceci résulte de la mise en place de l’Advance Cargo Declaration (ACD) », a déclaré, hier au cours d’une conférence de presse, Louis Roland –Gosselin, vice-président de la compagnie en charge du développement durable.

Conformément à la LIGM (Loi sur les grands investissements miniers), le ministère des Transports et l’AMPF ont pourtant pris des textes qui dispensent Ambatovy de la nouvelle taxe. En effet, la Loi sur les Grands Investissements Miniers (LGIM), qui régit les activités d’ Ambatovy, garantit une stabilité fiscale et juridique pour la compagnie. Ainsi, Ambatovy ne peut pas faire l'objet de dispositions légales ou réglementaires postérieures au décret d’éligibilité de 2007 et qui auraient pour effet d’augmenter les charges fiscales ou douanières. Si appliquée, l’ACD représente plusieurs dizaines de millions de dollars supplémentaires et inattendus sur plusieurs années alors que la compagnie minière est en train de subir une baisse drastique des cours des matières premières sur les marchés internationaux. Au milieu des années 2000 quand les actionnaires ont décidé d’investir avec au total 8 milliards de dollars, le nickel était à 25 000 dollars la tonne, il n’est plus qu’à un peu plus de 8000 dollars.

Affirmant recevoir des ordres contradictoires de l’AMPF et des autorités supérieures, les compagnies maritimes ne veulent pourtant rien savoir et refusent de charger les cargaisons d’Ambatovy à moins que celle-ci ne se conforme aux exigences de l’ACD. Pour débloquer la situation, « Nous avons demandé une réunion d'urgence avec le Président de la République car nous pensons que, dès qu'il sera informé de la situation, il veillera à ce que la loi soit appliquée comme il se doit. Nos clients de nickel et de cobalt, avec lesquels nous avons entretenu des relations au cours des trois dernières années, se montrent déjà très préoccupés par la capacité d'Ambatovy à les fournir à la suite de cette situation, et envisagent d’autres options quant à un approvisionnement alternatif auprès d'autres pays», a ajouté M. Louis Roland –Gosselin.

D’après les explications fournies, hier, la compagnie ne peut plus tenir plus semaine durant les circonstances actuelles car le blocage des conteneurs de nickel et de cobalt à l’exportation leur soustrait d’importantes sources de revenus alors que la trésorerie est déjà faible avec la baisse des cours ainsi que des pièces de rechanges et des intrants à l’importation n’autorise plus la production. « En l’absence de directives émanant des autorités compétentes pour les compagnies maritimes leur ordonnant expressément et sans équivoque d'accepter la cargaison Ambatovy sans exiger l’ ACD, Ambatovy serait contraint de prendre des mesures très drastiques avant la fin de la semaine prochaine », indique noir sur blanc le communiqué officiel distribué à la fin de la conférence de presse.

En plus clair, Ambatovy fermerait ses portes si d’ici une semaine, les pouvoirs publics ne fassent pas appliquer la loi. Nos dirigeants doivent le savoir : si jamais cela arrive, Ambatovy ne sera pas le premier complexe minier à fermer dans le monde. Depuis la crise des matières premières, de nombreuses mines ont été abandonnées. Le principe est simple : il s’agit de minimiser les pertes. Si le blocage d’Ambatovy laisse entrevoir des pertes plus importantes que les investissements, les actionnaires préfèrent abandonner plutôt que de continuer d’injecter de l’argent. Perdre 8 milliards de dollars est relativement peu pour des actionnaires majors dans le monde. Mais qui ose imaginer les conséquences sociales et économiques non seulement dans la région de Toamasina mais pour le pays tout entier en cas de fermeture d’Ambatovy ?

Salomon Ravelontsalama

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