Le projet de décret fixant les conditions d’exercice de la profession de tradipraticien a été adopté au dernier conseil de gouvernement.

Le pays excelle dans l’inflation de textes et espérons que pour le secteur de la santé publique, le métier de tradipraticien soit régi par un cadre légal allant dans le sens de sa promotion. Rappelons en effet qu’en 2015, les tradipraticiens ont déploré le poids de leurs obligations fiscales. Ils sont nombreux à ne pas imposer des tarifs fixes. Et la plupart de ceux qui ont reçu en don l’exercice du métier, se contentent de recevoir ce que les patients leur offrent. Dans ce cas, le prix peut commencer à 500 Ar. C’est signe de la pauvreté de la grande majorité des patients et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Malagasy vont chez les tradipraticiens. Ils sont plus de 90% à ne pas avoir accès aux soins médicaux de base d’après les statistiques 2015 de l’Organisation internationale du travail (OIT). C’est faute de moyens et d’éloignement. Seule une petite frange a donc l’opportunité financière et géographique d’aller chez les médecins et d’acheter des médicaments.

Il faut aussi souligner que la pauvreté aidant, l’exploitation de nombreuses plantes médicinales se fait de manière anarchique. Il en est ainsi de l’aloe, du « talapetraka » (ou centella asiatica), du « mandravasarotra », du ricin… Une stratégie sera la bienvenue pour la gestion durable de la grande richesse de la pharmacopée de Madagascar. Car certaines plantes sont endémiques comme le « mandravasarotra ». Seules quelques entreprises optent pour la plantation et/ou le partenariat avec des paysans qu’elles soutiennent pour la plantation. Sans stratégie claire et efficace, certaines plantes risquent l’extinction. Notons qu’en 2008, les tradipraticiens ont été estimés à 6 000 pour 2 000 inscrits à l’Association nationale des tradipraticiens de Madagascar (ANTM). Et l’année dernière, ils sont estimés à 10 000 dont environ 30% sont inscrits au niveau de cette structure nationale. En 7 ans donc, l’effectif total explose alors que le nombre des inscrits progresse timidement. Adhérer à cette association confère toutefois de la crédibilité aux tradipraticiens et leur évite d’être confondus avec les charlatans et autres escrocs.

Rappelons que la mise en place de l’ANTM en 2000 a été décidée sous la recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il en est de même du décret de 2007 portant reconnaissance de l’exercice de la médecine traditionnelle. Et désormais, le ministère de la Santé entend donner un cadre légal aux conditions de l’exercice de cette médecine. Par la même occasion, il veut réorganiser la commission de la pharmacopée traditionnelle. Il faut signaler que certains hôpitaux publics proposent non seulement des médicaments issus de l’industrie pharmaceutique mais également des remèdes fabriqués localement à partir de la pharmacopée traditionnelle. Ces remèdes ont évidemment toutes les autorisations nécessaires.

Fanjanarivo