Le ministre chargé des Forêts en 2014, soit à l’époque de l’expédition illégale de près de 30 000 rondins de bois de rose vers Singapour, devrait écoper de lourdes sanctions. Si on se réfère à la déclaration du premier ministre, c’est ce qui devrait se produire dans les prochaines semaines. Rappelons que lors du premier procès de l’homme d’affaires singapourien en 2014, ce ministre s’est rendu à Singapour avec un objectif bien précis : authentifier les autorisations d’exportation. Une décision qui allait à l’encontre des textes parce que les bois de rose sont interdits de coupe, de transport et d’exportation depuis 2009. Seules quelques cargaisons ont été « autorisées » sur une courte période pendant la transition et les opérateurs concernés ont dû payer la taxe de 74 millions Ar par container. L’expédition de près de 30 000 rondins vers Singapour était donc illégale puisqu’elle a été effectuée en 2014. Quoi qu’il en soit, le voyage du ministre cité plus haut n’a pas été vain pour l’homme d’affaires singapourien. Ce dernier a été acquitté lors du premier procès. Mais la Cour suprême de Singapour a fait récemment appel de la décision d’acquittement de l’homme d’affaires.

La société civile malagasy oeuvrant pour la défense de l’environnement est ravie du rebondissement de cette affaire. Elle affirme que le tribunal de Singapour est plus indiqué pour la juger. Car si l’affaire est dans les mains de la justice malagasy, c’est sûr et certain que les responsables tant au niveau de l’Etat que dans le secteur privé seront purement et simplement acquittés. D’aucuns se rappellent l’arrestation et la garde à vue de 48h de l’un des supposés gros bonnets du bois de rose en juillet 2015. Il a été relâché par la chaîne pénale anticorruption et le dossier était clos. Le Bureau indépendant anticorruption (Bianco) qui a mené l’enquête depuis 2014 a déclaré publiquement sa profonde déception. La société civile aussi. Comme quoi, le système judiciaire malagasy est corrompu. Si l’affaire de Singapour s’arrête à la déclaration tonitruante du premier ministre sur la lutte contre la mafia du bois de rose ou à l’arrestation de quelques menus fretins, le chef du gouvernement ne sera qu’un démagogue de plus. Comme le président de la république. En 2014, celui-ci a déclaré solennellement qu’il allait mener un combat personnel contre les trafiquants de bois de rose.

Mais depuis 2014, les trafics ne cessent d’augmenter, contrairement à la remarque du premier ministre Ravelonarivo. Il voulait faire entendre que depuis son arrivée au gouvernement, la situation a changé. Mais ce n’est pas le cas. Rien que sur les deux premiers mois de 2015, plusieurs grands bateaux ont été chargés de rondins de bois de rose sur la côte nord-est. Et tout au long de l’année, la société civile a tiré régulièrement la sonnette d’alarme. Elle a même précisé que le bois de rose n’était plus l’unique cible des trafiquants. Ces derniers s’attaquent également à d’autres bois précieux et à des bois durs également de qualité. Mais le gouvernement n’a pas vraiment bougé le petit doigt. Parmi les rares actions qu’il a effectuées, citions l’inventaire des stocks, lequel n’est pas satisfaisant. En effet, des autorités locales ont fait en sorte pour épargner certains stocks du processus.

Fanjanarivo