C’est « une alerte rouge » selon l’expression du Dr. Marcellin Randriamanantena, assistant technique auprès du secrétariat général du ministère de la Santé publique. C’était hier au débat sur le suivi du budget public organisé par le Collectif des citoyens et des organisations citoyennes (CCOC) à la Tranompokonolona Analakely. Ainsi, les ménages sont obligés de supporter une part très élevée du coût des soins, alors que 9 Malagasy sur 10 vivent avec moins de l’équivalent de 2 dollars par jour ou moins de 6 000 Ar. Ce n’est donc pas étonnant si l’accès aux soins médicaux est très problématique. A Madagascar, 97,5% des ruraux n’ont pas accès aux services de santé de base selon l’Organisation internationale du travail (OIT) dans son rapport mondial sur la protection de la santé rurale en 2015, contre une moyenne de 83% en Afrique. Pour Madagascar, les citadins sont également concernés puisqu’ils sont près de 94% à ne pas accéder aux services de santé de base selon l’OIT. La première raison invoquée porte sur le manque de moyens des ménages et puis l’éloignement du centre de santé par rapport au domicile des patients.
Afin de remédier à ce problème, le ministère initie à partir de cette année 2016 la Couverture de santé universelle (CSU). Avec une participation indirecte sous forme de cotisation à payer au préalable et une part à prélever sur les recettes fiscales, la CSU devrait permettre d’élargir à tous l’accès aux soins médicaux. Andranofeno dans le district d’Ankazobe et des zones dans le Sud du pays en seront les zones pilotes. Et pour commencer, la mère et l’enfant ainsi que les personnes âgées en seront les bénéficiaires. Par ailleurs, aucun CSB n’est plus fermé si une bonne centaine l’a été depuis la transition. Notons toutefois que le secteur de la santé bénéficie seulement de 7,5% du budget public, alors qu’il devrait afficher un taux de 15% selon l’engagement international auquel Madagascar adhère. Représentant de la société civile parmi les panélistes du débat, Harijaona Andriamoraniaina remarque toutefois que malgré le budget plutôt maigre alloué à la santé, le secteur semble afficher des objectifs plus importants. En revanche, il constate que l’éducation avec une forte hausse de son budget prévoit des objectifs trop faibles.
Ainsi, la hausse du taux d’achèvement dans le primaire est prévue se situer à 1% par an de 2016 à 2018. Or, le budget du 1er cycle bénéficie d’une hausse de près de 35% cette année, contre 14,5% en 2017 et 12,5% en 2018. Et si on revient sur le budget du secteur de la santé, 5% proviennent de la participation des patients à travers l’achat de médicaments et services de santé. 30% sont assurés par les bailleurs de fonds. Ce taux ne diffère pas de celui de la part des bailleurs dans le financement du programme d’investissement public dans son ensemble. Comme quoi, la dépendance aux aides étrangères est encore très forte à Madagascar. Il faut aussi signaler le poids de la solde ou des salaires dans le secteur santé, soit la moitié du budget annuel. Notons que la santé a suscité de nombreuses questions de la part du public lors du débat d’hier. Ces questions ont notamment porté sur le coût élevé des soins, le contrôle à effectuer dans l’utilisation des plantes médicinales dont la poudre de bois de rose, etc.
Fanjanarivo