Comme quoi, la moitié des familles paysannes ne peut pas appliquer des techniques culturales améliorées pour augmenter le rendement, la productivité ou encore pour éviter les effets néfastes du changement climatique… Il faut signaler que l’agriculture est l’un des premiers secteurs les plus exposés à ce changement. Mais hier lors du débat organisé hier à la tranompokonolona Analakely par le Collectif des citoyens et des organisations citoyennes (CCOC) sur le suivi budgétaire, Philibert Rakotoson du Conseil national de formation sur la production a avancé que 50% des familles paysannes ne bénéficiaient pas de la vulgarisation agricole. Seuls les projets financés par les bailleurs de fonds insèrent ce volet dans leurs activités, alors qu’avant l’ajustement structurel des années 80 et 90, l’Etat s’en occupait. Puis, seuls 20% des ménages ruraux utilisent des semences de riz améliorées, alors que l’utilisation d’engrais est seulement de 5 kg/ha. Comme quoi, les programmes d’ajustement structurel menés avec la Banque mondiale et le FMI continuent à laisser des séquelles graves pour la croissance économique et le développement. Car sans passer par une bonne production agricole, le pays ne peut pas lutter contre la pauvreté.

Le milieu rural qui concentre plus de 70% de la population active demeure un secteur-clé pour cette lutte même si l’urbanisation est un phénomène irréversible. Plusieurs études nationales et internationales affirment que pour des pays comme Madagascar, le développement rural est incontournable pour lutter contre la pauvreté. Un bon investissement dans la production est susceptible de générer une croissance de 6% par an dans le secteur primaire incluant l’agriculture, l’élevage et la pêche. Et pour la croissance économique dans son ensemble, ce taux correspond à une hausse de 2 à 3%. Mais en 2015, la croissance du secteur primaire a été seulement de 0,7% contre une prévision de 2%. Cette année, elle est prévue se situer à 2,5%. Ce qui signifie que l’investissement dans la production agricole est encore très faible. Selon l’engagement international signé par Madagascar, le pays devrait consacrer au secteur primaire 10% du budget public. Mais cette part est seulement de 5,7%. Elle est en régression par rapport à 2015 et aux années de la transition.

Toutefois, Philibert Rakotoson souligne que plusieurs avantages peuvent être tirés d’un bon investissement dans la production agricole. Outre les croissances évoquées plus haut, il cite l’essor rapide de l’exportation de produits agricoles, le développement de la bioénergie, l’amélioration de la sécurité alimentaire. A ce sujet, le public demande une hausse significative du budget du secteur primaire afin d’assurer aussi la santé de la population conditionnée par ce qu’elle mange. Chef de service à la Direction générale du budget, Hery Rabenandrasana explique que tout un processus doit être suivi pour élaborer le budget de l’Etat. Parmi les éléments d’information à considérer dans ce processus, il cite la nécessité de faire correspondre les recettes aux dépenses, d’allouer le budget selon les priorités définies par les ministères, d’en discuter avec ces derniers, de consulter le secteur privé…

Fanjanarivo