“Tratra ny tanjona”. Cette fameuse phrase en malagasy qui veut dire « L’objectif est atteint » est familière aux oreilles des auditeurs et téléspectateurs quand ils suivent l’information. Surtout si cette information-là porte sur les réalisations de l’exécutif. Mais cette phrase génère tout un tas de sentiments souvent négatifs chez les citoyens : de la frustration ou de la colère par rapport à leur situation miséreuse, de la résignation, du désintérêt croissant pour les choses politiques… Car en fin de compte, les objectifs ne sont pas vraiment atteints par rapport aux réalités vécues par les citoyens. Le débat sur le suivi budgétaire organisé hier à Analakely par le Collectif des citoyens et des organisations citoyennes (CCOC) a permis de le remarquer. Ainsi, quand un ministère définit des objectifs, c’est notamment suivant les moyens dont il dispose. Certes, les cibles sont prises en compte mais seule une toute petite frange est effectivement concernée. Si on prend l’exemple du secteur agricole, 65 000 ha de rizières ont bénéficié de travaux d’aménagement et donc d’irrigation en 2015, alors que l’objectif du ministère de l’Agriculture a été de 60 000 ha. Comme quoi, ce département a atteint son objectif.

Par contre, que signifient les réalisations de 2015 par rapport aux 220 000 ha de rizières irriguées dans le pays et dont la grande majorité souffre de problèmes d’irrigation ? Presque tous les secteurs sont concernés par le même problème. Autrement dit, les moyens demeurent faibles pour répondre aux attentes de la majorité de la population. C’est la raison pour laquelle le public au débat d’hier a demandé comment on pouvait vérifier que tel ministère a atteint ses objectifs par rapport au quotidien de la population. En réalité, rares sont les citoyens qui bénéficient des projets et actions menés par l’exécutif. Le taux élevé de la pauvreté le prouve. Et à la longue, l’écart trop important entre les attentes des citoyens et les objectifs de l’exécutif explique, entre autres, l’explosion des crises politiques répétitives à Madagascar. Cette situation répond aux questions de certains économistes, plutôt déroutés, sur ces crises qui explosent toujours dans une période pendant laquelle la croissance est bonne. En fait, la croissance ne signifie rien si ses fruits sont mal redistribués. Cette mauvaise redistribution rejoint l’écart évoqué plus haut.

Elle reflète aussi les incohérences budgétaires quel que soit le régime en place. Du temps de Ravalomanana par exemple, le budget de la présidence de la république a connu des hausses vertigineuses. Et c’est aussi le cas pour le régime Rajaonarimampianina. Pourquoi ces hausses très importantes pour une institution qui devrait se contenter de définir la vision en matière de développement et de croissance ? Comme quoi, elle ne s’occupe pas de nombreux projets de développement et ne devrait donc pas bénéficier d’un budget colossal. D’autres secteurs souffrent pourtant de la faiblesse de leurs moyens, à l’instar de secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation et le développement rural.

Fanjanarivo