Peu de considération pour un secteur prioritaire, voire stratégique. C’est ce qu’on pourrait avancer face à la baisse de l’allocation budgétaire annuelle pour l’éducation depuis 2014. Or, l’éducation dépend est un des facteurs-clés pour une lutte contre la pauvreté à impacts pérennes. En effet, le revenu des non instruits est largement inférieur à celui des instruits d’après les données de l’Institut national de la statistique (INSTAT). Malgré tout, le secteur de l’éducation souffre d’un double maux. Il y a cette baisse de sa part dans le budget public. Elle est de 16,6% du budget de l’Etat pour cette année 2016, alors qu’elle a été de 19,6% en 2011 comme en 2012, d’après les calculs du Collectif des citoyens et des organisations de la société civile (CCOC). Pire, elle a été même à 13,9% dans la loi de finances rectificative 2015. Si on observe toutefois le budget de la présidence de la république, un domaine non considéré comme non prioritaire en termes de croissance et de développement, il ne cesse d’augmenter depuis 2014. Il a été de 35,9 milliards Ar dans la loi de finances 2014 pour se situer à 50 milliards Ar dans la loi de finances rectificative de 2014.
Et l’année dernière, la loi de finances initiale a octroyé à la présidence de la république un budget de 47,2 milliards Ar pour le porter à 66,3 milliards Ar dans la loi de finances rectificative. Cette loi a été pourtant votée moins de 2 mois avant la fin de l’année. Pour 2016, cette institution rafle tout simplement la mise avec une forte inflation de son budget, soit plus de 100 milliards Ar. Certes, sa part dans le budget public semble être modeste (1,6%), mais il faut remarquer que la présidence confie déjà ses projets (3,4% du budget de l’Etat) au ministère de l’Aménagement du territoire. Quoi qu’il en soit, la hausse continue du budget de la présidence ne peut qu’interpeller face au recul de celui de secteurs prioritaires comme l’éducation. Au niveau international, Madagascar s’est engagé à allouer 20% du budget public à ce secteur. Sous la transition, le pays s’est approché de cet objectif. Mais depuis 2014, c’est le recul avec une petite reprise en 2016. Vendredi dernier lors du débat public sur le suivi budgétaire organisé par le CCOC à Analakely, le représentant de la direction générale du budget l’a expliqué par la baisse des aides extérieures pour l’éducation. En effet, des projets étaient arrivés à leurs termes.
Puis, le recrutement de 20 000 maîtres FRAM en 2015 et en 2016 alourdit la solde ou le salaire. Malgré tout, il faut relever que comme plusieurs secteurs, l’éducation dépend fortement des aides extérieures. Ainsi, plus de 50% des enfants malagasy scolarisés reçoivent le soutien de la Banque mondiale à travers les projets financés par cette institution financière. Cette forte dépendance aux financements extérieurs est un handicap, d’autant plus que le pays n’est pas une priorité pour les bailleurs de fonds. Ces derniers ont d’autres cibles plus intéressantes que Madagascar. Ils font donc le minimum et il faut également remarquer que les dirigeants malagasy les aident à se détourner du pays avec leur mauvaise gouvernance des affaires nationales. Pour l’éducation, le problème de la faiblesse des moyens se combine avec les maigres performances du secteur. Pour les 3 prochaines années, les résultats prévus par le ministère (réduction du taux de redoublement, d’achèvement...) sont très modestes par rapport à la hausse du budget.
Fanjanarivo