Un sinistre est en soi malheureux. Mais l’incendie qui a frappé hier le tribunal de Maroantsetra laisse plutôt dubitatif. La population avait-elle raison de réagir violemment pour exiger la libération de deux citoyens qu’elle pensait injustement en détention préventive à la suite d’un vol de bovidés ?
En tout cas, un Etat de droit ne peut et ne doit permettre en aucun cas qu’un citoyen encore moins une communauté se fait justice. Jamais dans le pays, on n’a touché à l’intégrité physique d’un magistrat à cause de sa fonction ni incendié un palais de justice qui symbolise et fait respecter la loi. Depuis que les sondages ont placé la justice en tête des secteurs perçus comme champions de la corruption, l’opinion publique ne s’est matérialisée qu’à la base. Du nord au sud et d’est en ouest, les populations des provinces se sont pris aux gendarmes et policiers qui font office de police judiciaire.
A fortiori, l’incendie du palais de justice de Maroantsetra ne peut donc être considéré qu’une étape de plus vers la contestation de l’Etat tout court. Les tenants du pouvoir doivent en prendre conscience et réagir en conséquence. Ils ne doivent pas tomber dans le piège de certains politiciens qui pensent, à tort ou à raison, qu’à Madagascar, un régime se fait élire par la population majoritaire des provinces, et se fait défaire par la minorité établie dans la capitale. Des observateurs averties pensent de plus en plus le contraire et affirment que cette fois-ci, la contestation viendra des provinces.
Quelle que soit la perception, Madagascar ne peut et ne doit plus supporter une crise de plus. Maintenant qu’on a rétabli les relations avec les bailleurs de fonds, on a les moyens d’œuvrer pour améliorer un tant soit peu les conditions de vie de la population. Après des années de suspension, l’Union européenne a finalement accepté d’allouer les 518 millions d’euros du 11ème FED même si les déblocages par tranches sont conditionnés. A la surprise générale, la Banque mondiale a suivi en annonçant récemment une allocation de 230 millions de dollars par an sur trois ans. Les mauvaises langues parlent d’un rattrapage des « détournements de crédit » de 42 millions dollars que la Banque mondiale a fait faire signer par Hery Rajaonarimampianina, alors ministre des Finances de la Transition, mais versés à des ONG américaines et internationales sans que Madagascar ait eu un quelconque droit de regard.
Cet acte de mauvaise gouvernance que les responsables concernés doivent expliquer au public, ainsi que les conditionnalités des bailleurs ne doivent cependant occulter les immenses opportunités offertes par les pluies de dollars et d’euros après une longue période de diète. Cela ne veut pas non plus dire qu’on va donner carte blanche à un régime qui bénéficie du soutien de la communauté internationale pour essayer de faire décoller le développement économique et social de Madagascar.
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un énième appel est fait à Hery Rajaonarimampianina pour instaurer pour de bon l’Etat de droit. Le président de la République s’y est engagé solennellement. Les fortes rumeurs de ces derniers temps sur des affaires impliquent cependant son entourage et des barons du régime. Le silence de la Présidence comme de la Primature semble confirmer que qui ne dit ne mot consent. Ce n’est certes qu’une expression mais l’exaspération de la population devant les magouilles, elle, est bien réelle.
Salomon Ravelontsalama