Avec une baisse moyenne de -8%, les niveaux actuels des prix à la pompe sont loin de convaincre.
Certes, il ne faut pas se référer uniquement aux cours internationaux du pétrole brut, mais ceux-ci jouent un rôle important dans la constitution du prix de référence aux frontières. Les produits pétroliers raffinés qui sont libellés en dollars, proviennent en effet du pétrole brut. Rappelons qu’en 2007, les cours moyens annuels du baril de pétrole brut ont été de 72,34 dollars, mais les prix à la pompe à Madagascar n’étaient pas à l’époque supérieurs à leur niveau actuel. Or, la parité dollar/ariary a déjà dépassé le seuil de 2 000 Ar pour 1 dollar en 2007 si la moyenne annuelle a été de 1 873 Ar. L’année dernière, cette moyenne annuelle a été de 2 909 Ar pour 1 dollar. Certes sur ces deux périodes, il y a un écart de plus de 1 000 Ar sur la parité dollar/ariary, mais depuis mi-2014, l’effondrement des cours internationaux devrait permettre au pays d’afficher des prix plus bas que ce qui est affiché actuellement. Cette semaine par exemple, les cours ont été encore en-dessous des 35 dollars le baril. Comme quoi, la forte dépréciation de l’ariary ne peut pas expliquer la baisse trop modeste des prix à la pompe.
Des économistes sont de cet avis et dénoncent cette baisse peu significative. A leurs yeux, elle devrait atteindre non moins de 1 000 Ar/litre. Ils soupçonnent ainsi les autorités d’être complices des distributeurs. Ces économistes remarquent d’ailleurs que les compagnies pétrolières se contentent d’aligner leurs prix. Ils se réfèrent aux prix maxima autorisés par le mécanisme d’ajustement automatique des prix à la pompe. Ce phénomène n’est pas nouveau, il a cours depuis la libéralisation du secteur. Les consommateurs peuvent ainsi constater comme une certaine entente entre les distributeurs, une attitude pourtant condamnée par la loi sur la concurrence n° 2005-020 du 27 juillet 2015. Concernant les ententes, cette loi stipule en effet : « Sont prohibées les pratiques concertées, les accords entre entreprises, les ententes expresses ou tacites ou les coalitions ayant pour objet ou pour effet d’empêcher, de restreindre ou de fausser de façon sensible le jeu de la concurrence à l’intérieur du marché national ou d’une partie importante de celui-ci. Les ententes qualifiées de pratiques restrictives peuvent consister à limiter l’accès au marché ou le libre exercice de la concurrence par d’autres entreprises, à faire obstacle à la fixation des prix par le libre jeu du marché… »
La concurrence n’a joué qu’un court laps de temps dans les années 2000. A l’époque, quelques stations ont affiché des prix inférieurs à ceux des autres. Mais elles ont vite rejoint ces dernières. Le ministère de l’Energie et des Hydrocarbures se félicite du mécanisme de l’ajustement automatique des prix à la pompe qui définit les prix maxima à ne pas dépasser. Il pense que sans ce mécanisme, les compagnies pourraient fixer les prix comme elles l’entendent, et dépasser certainement les prix maxima. N’empêche, les autorités ne devraient pas faire l’impasse sur la loi sur la concurrence, d’autant plus que le conseil de la concurrence est déjà institué. Notons que les prix sur le marché pétrolier déterminent les prix de nombreux biens et services et donc l’inflation dans de nombreux secteurs. Ils jouent ainsi un rôle très important sur le pouvoir d’achat des consommateurs et la compétitivité des entreprises.
Fanjanarivo