Pour une fois, les services de la présidence ont bien manoeuvré en donnant la possibilité à leur patron de faire face aux attaques sans que l’exercice paraisse comme une tentative de se faire blanchir des maux qu’on lui reproche, lui et son entourage.
Ils ont organisé une visite de courtoisie des maires de la région du Vakinankaratra (et non ceux de la région d’Analamanga qui sont si proches) et convier des journalistes, savamment sélectionnés, pour tenir une conférence de presse. Usitée de par le monde, la technique aurait fait mouche si on avait imaginé les questions et les réponses. Et si on avait surtout coordonné les langages. Samedi à Iavoloha, l’exercice du président Rajaonarimampianina a plutôt éventré un gros mensonge, un mensonge d’Etat.
C’est notamment à propos de l’Advance Cargo Declaration (ACD). D’après le communiqué officiel diffusé après cette conférence, « le Président veut tout simplement soutenir le secteur privé face aux importations frauduleuses. Le Gouvernement doit mettre en place un processus inclusif pour l’ACD. Des solutions sont en cours de négociation ». Depuis les mois qu’on en a débattu et surtout ces intenses dernières semaines, c’est la première fois que le chef de l’Etat s’exprime sur le sujet et surtout explique l’objectif, forcément le plus officiel.
C’est donc pour faire face aux importations illicites que l’ACD sera mis en place. Au départ pourtant, la porte-parole du régime sur le sujet en tant que ministre de tutelle, Ulrich Andriantiana, avait présenté l’ACD comme une exigence de l’OMI (organisation maritime internationale) comme une mesure de sûreté. Les professionnels des transports maritimes contestent avec un démenti en règle de l’OMI qui dit le contraire. Le département de M. Andriantiana s’en fout complètement.
Il aura fallu le communiqué de l’ambassade des Etats-Unis et l’interview de l’ambassadeur du Japon pour que le discours change. Le ministre Andriantiana justifie alors la redevance de 85 euros par conteneur plein et par véhicule pour la réhabilitation des ports du pays. Il a notamment cité les ports de Toliara et de Fort-Dauphin. Or la réhabilitation et l’extension du port de Toliara ont démarré avant qu’on décide de quoi que ce soit sur l’ACD. Quant à Fort-Dauphin, les professionnels comme la population locale et les pouvoirs publics savent qu’on n’a plus besoin de réaménager le vieux port qui a servi à l’exportation du sisal et l’approvisionnement en vivres de la région. Il y a déjà le grand port d’Ehoala qui a été construit par un financement conjoint de Rio Tinto QMM et l’Etat malgache.
Après avoir désavoué publiquement le ministre Andriantiana en donnant ordre aux ministres de l’Industrie et des Finances d’annoncer l’annulation de l’ACD, le chef de l’Etat confirme en expliquant que l’objectif est de protéger le secteur privé des importations frauduleuses. Jusqu’à samedi pourtant, le président de la République n’a apporté aucun commentaire sur cette combine dénoncée par les opérateurs. En est-il complice ?
Peu convaincantes, les explications de samedi n’enlèvent pas les questions essentielles. En tout cas, il est naturel qu’on cherche à comprendre ce qui se passe tant on est allé de mensonge à mensonge. En avril 2015; nous avions par exemple titré note page une en interpellant le président de la République sur le mensonge du ministre des Transports, Ulrich Andriantiana, et le DG de l’ACM, James Andrianalisoa, sur l’annexe B. Au fil du temps, le mensonge s’est accentué. Pire, il semble que le chef de l’Etat lui-même cherche à protéger ceux qui veulent arnaquer le pays.
De plus en plus persistantes, les rumeurs avancent, en effet, que le principal instigateur de l’ACD serait Philippe Leclerc. C’est l’un des conseillers spéciaux du président de la République. Il s’est imposé dans l’entourage de la haute sphère de Madagascar depuis Andry Rajoelina. Avec Patrick Leloup, Philippe Leclerc a ensuite rejoint le ministre Hery Rajaonarimampianina qui sera élu président de la République. Les mêmes rumeurs affirment que c’est le même Philippe Leclerc qui aurait préparé le discours d’investiture de Hery Rajaonarinampianina, le 25 janvier 2015. Le président de la République n’en a-t-il pas assez de l’avocat français qui lui a piégé avec le plagiat de Nicolas Sarkozy ?
Sa