Le Tribunal de Maroantsetra a été saccagé et incendié par une foule en furie. Comment cette histoire a-t-elle commencé ? Deux individus ont été arrêtés et placés sous détention préventive pour avoir tué un voleur notoire qu’ils avaient attrapé en train de dérober leurs zébus. La foule déchaînée a exigé la libération des propriétaires des bovidés, en vain. C’est à partir de ce moment que tout a dégénéré. Ce saccage doublé d’un incendie est inadmissible. Personne ne doit rendre la justice par lui-même et aucun bâtiment public ne peut être saccagé, peu importe le motif. On ne vandalise pas en toute impunité le Palais de Justice qui est un symbole de la République. Pourtant, il faut bien comprendre que cet acte de violence spontané exprime le ras-le-bol justifié d’une population excédée par les injustices subies au quotidien. Les manifestants de Maroantsetra ne comprennent pas que leurs amis aient été emprisonnés pour avoir mis hors d’état de nuire des voleurs de zébus multirécidivistes. Cette double vindicte populaire est la manifestation éclatante des carences du système judiciaire qui avantage les riches et les voyous. Ce déchaînement barbare au Tribunal de Maroantsetra n’est pas une simple bagarre de récréation. Il est plus grave qu’on ne le croit car de plus en plus de nos concitoyens sont convaincus que seule doit prévaloir la justice personnelle, quelle soit individuelle ou collective. Ils ne sont pas fâchés contre la justice mais contre le mensonge qui enveloppe l’appareil judiciaire. Le régime aura tort s’il minimise l’incident en qualifiant de « cas isolé », selon une expression consacrée et irresponsable. L’ultra violence va devenir ultra fréquente et c’est sans doute bien ainsi. Lorsque la mise en scène est mauvaise, cela fait du bien de mettre le feu au décor.

M. GASPARD