«Economie la plus compétitive d’Afrique subsaharienne » selon les perspectives économiques en Afrique dressées par le groupe de la Banque africaine de développement (BAD). Il ne s’agit pas de Madagascar mais de l’île Maurice qui a choisi comme invité d’honneur le président Hery Rajaonarimampianina pour la célébration de sa fête de l’indépendance le 12 mars prochain. Il est certain que les autorités mauriciennes ne lancent pas cette invitation pour les beaux yeux du président de la république. En effet, Maurice pratique à fond la politique de la diplomatie économique. Contrairement aux dirigeants malagasy, ceux de l’île sœur ne dilapident pas le denier public dans des rencontres internationales où ils ne récolteront pas grand-chose pour leur pays. Et il faut souligner que lors du conseil des ministres du 2 mars dernier au palais d’Etat d’Iavoloha, il était question de la signature d’un mémorandum d’entente entre le gouvernement de Madagascar et celui de Maurice sur le développement d’une Zone économique spéciale (ZES) pilote à installer sur Ehoala park à Fort-Dauphin.

Comme quoi, les Mauriciens visent loin et n’invitent donc pas par hasard le président malagasy. Ils veulent faire de Madagascar une plateforme pour faciliter ses échanges avec l’Afrique et avec d’autres zones à fort potentiel. Ils s’y sont déjà essayés sous Ravalomanana mais ont résolument opté pour le Mozambique, surtout pour l’agribusiness. En 2009, le gouvernement mauricien a pesé de tout son poids pour acquérir 20 000 ha de rizières au Mozambique. Et l’année dernière, le Mozambique a été le pays ayant reçu le plus d’investissement venant de Maurice, soit 621 millions de roupies. Qu’en est-il des investissements de Madagascar à l’étranger ? Pour l’heure, aucune statistique officielle n’est disponible sur ce domaine. Outre une poignée d’entreprises qui investissent dans les îles sœurs et en Afrique du sud, seuls des riches du bois de rose et d’autres trafics de ressources illicites placent leur argent à l’étranger.

Quant aux Mauriciens, ils veulent maintenant se tourner vers la Grande Ile censée être le grenier de l’océan Indien avec ses vastes terres arables et ses différents climats. Mais depuis le temps que les îles de l’océan Indien en parlent, rien de concret n’est en place. Pire, le budget pour le développement rural est en régression : il représente seulement 5,7% du budget public pour 2016 s’il a tourné autour de 7% par an sous la transition. Ces taux sont encore inférieurs à l’engagement international (10%) auquel Madagascar adhère. Et il faut souligner que dans la plupart des cas, le financement du développement rural dépend plus des bailleurs de fonds que de l’Etat. On se rappelle le manque de financement pour la lutte antiacridien en 2014. Le ministère de l’Agriculture avait beau tirer la sonnette d’alarme, le gouvernement n’a versé qu’une goutte d’eau dans la mer. Il a préféré attendre les bailleurs de fonds. En réalité, que ce soit pour la diplomatie ou le développement local, les dirigeants excellent dans le manque de vision et l’attentisme. D’autres pays déploient pourtant des efforts pour progresser. En revanche, Madagascar est le seul pays en paix qui voit régresser le PIB/habitant depuis 1960. Il est maintenant à 440 dollars, contre 9 710 dollars pour les Mauriciens. Et Maurice est 32ème sur 188 économies dans le Doing business 2016 de la Banque mondiale si Madagascar avec ses immenses potentiels traîne au 164ème rang.

Fanjanarivo