Seul un scénario optimal peut aider les Malagasy à compter en 2030 sur des institutions efficaces, responsables et transparentes à tous les niveaux, selon le rapport 2015 de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les Etats de fragilité. Comme les précédents, ce rapport veut fournir des données probantes pour éclairer les politiques des bailleurs de fonds et étayer les débats internationaux, notamment pour l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD 2015-2030). Pour les 14 années à venir donc, les Malagasy n’ont et n’auront fort probablement que leurs yeux pour pleurer puisqu’ils seront encore appelés à vivre dans la pauvreté, l’insécurité, les problèmes d’accès aux soins médicaux, à l’éducation... Au rythme où vont les choses, il est, en effet, plus qu’illusoire de compter sur des institutions de qualité comme évoquées plus haut. La preuve en est le manque de vision des institutions actuelles. Malgré le Plan national de développement (PND) qui en est pourtant à sa 2ème année de mise en œuvre, rien de bien concret n’est en route. Pire, nombreux sont les citoyens à avoir l’impression que le pays n’est dirigé par personne. Le poids des institutions en tant que telles et en tant que fournisseurs de services publics de qualité, a tout bonnement disparu du quotidien des Malagasy.

Et même avec un scénario modéré, le pays ne pourrait pas se doter d’institutions de qualité en 2030, selon les projections de l’OCDE. Comme quoi, les institutions sont trop faibles pour se reprendre en mains. Il n’y a qu’à observer la molle lutte contre les trafics de bois de rose et d’autres ressources naturelles, l’incapacité de l’Etat à juguler l’insécurité dans le Sud et dans les autres zones rouges, à financer la stratégie de lutte contre les problèmes récurrents du Sud dont le « kere ». On doit aussi souligner l’extrême pauvreté affectant plus de 50% de la population. Aucune action de taille n’est engagée pour atténuer cette misère noire. Les réalisations des différents ministères ne couvrent qu’une toute petite frange de la population, alors que l’allocation budgétaire ne priorise pas les secteurs stratégiques pour la croissance et le développement. On peut citer le développement rural, la santé, l’éducation, la sécurité, la jeunesse, la formation professionnelle… Tous ces secteurs ont une part très modeste dans le budget de l’Etat, alors que des institutions comme la présidence de la république voient leur budget exploser.

Notons que l’OCDE a délimité 5 dimensions de la fragilité en rapport direct avec les objectifs de l’après-2015 et donc de l’après-OMD (Objectifs du millénaire pour le développement dont aucun n’a été atteint par Madagascar en 2015). Ces dimensions portent sur la violence, la justice, les institutions, les fondements économiques, et la résilience. Concernant les institutions, elles sont fragiles parce qu’elles sont corrompues, inefficaces et incapables de mettre en œuvre des politiques et réglementations solides en faveur du développement du secteur privé. Et les institutions de Madagascar sont fragiles ! Pour ce qui est de la justice, il est question d’instaurer l’Etat de droit, l’accès de tous à la justice dans des conditions d’égalité, la lutte contre la corruption… Des bonnes choses auxquelles les citoyens malagasy ne goûtent plus depuis des lustres !

Fanjanarivo