«Le scénario de croissance table sur les objectifs de croissance suivants : 5% en 2015, 7% en 2016, 8,9% en 2017, 10,4% en 2018, 10,5% en 2019. Celle-ci serait tirée par l’agriculture, la pêche, les mines, les entreprises franches, le BTP, le tourisme, les transports (et les infrastructures y liées) ». C’est ce qu’on peut lire dans le Plan national de développement (PND) qui en est à sa 2ème année de mise en œuvre. Mais dès 2015, l’objectif de croissance n’était pas atteint : au lieu de 5%, le pays n’a affiché qu’un taux de croissance de 3,2%. Et pour cette année, le gouvernement se montre encore prudent en visant un taux de 4,5% au lieu de 7% comme annoncé dans le PND. Cela signifie que les auteurs de ce document se sont tout simplement plantés. Ou ils avaient probablement trop confiance à un régime mou et inerte pour envisager des taux correspondant aux réalités. Car si tous les trafics illicites de ressources naturelles (bois de rose, or, tortues, pierres précieuses…) et les crimes sont florissants, rien de bien ragoûtant ne se remarque côté croissance et développement. Le secteur privé doit continuer à se batailler avec l’informel qui déverse des marchandises entrées frauduleusement sur le marché. Ces produits exercent une concurrence déloyale sur les industries locales.
Le secteur privé a également dû mener un dur combat pour obtenir de l’administration la suspension de la nouvelle redevance sur l’import/export ou l’Advance cargo declaration (ACD). Cette redevance censée financer la mise aux normes des ports présente un surcoût pour les opérateurs, sans parler des flous qui l’entourent et qui pourraient sentir la corruption et autre détournement de denier public. L’inertie et la mollesse du régime actuel en matière de social et d’économie se vérifient aussi dans le quotidien des gens du Sud laminés par la sous-nutrition. Mais ils ne sont pas les seuls. Si les dirigeants prennent la peine de se promener incognito dans la capitale, ils verront la misère étalée sur les trottoirs, dans la rue… Les mendiants croissent en nombre et comptent des jeunes mères, des enfants, des handicapés, des hommes d’âge mûr. Des adolescents et des jeunes mendient aussi mais ils n’osent pas faire la manche sur les trottoirs. Ils mendient discrètement auprès des passants en évoquant la faim qui leur tenaille le ventre.
Et on ne parle pas des ordures qui s’entassent, de la pollution atmosphérique etc. Bref, Antananarivo est une capitale sale, malodorante voire nauséabonde en certains endroits. C’est une capitale qui ressemble à un gros village sous-développé. Elle génère pourtant 55% du PIB national. Mais les dirigeants la laissent à l’abandon. Ce n’est pas étonnant si les projections de croissance économique du PND sont à côté de la plaque ! Pareil pour l’investissement. Le PND table sur une moyenne annuelle d’au moins 30% du PIB. Mais cette année, la loi de finances envisage un investissement de 16,9% du PIB. On en est presque à la moitié de ce qui est prévu par le PND ! Mais les dirigeants continuent à dilapider l’argent public dans des activités non prioritaires comme l’organisation du sommet de la francophonie dont le volet économique est encore en gestation.
Fanjanarivo