Le monde est unanime à reconnaître l’importance de l’éducation pour s’extirper de la pauvreté. Des tas de théories éducatives ont été élaborées et mises en application pour mener à terme cette formation de l’homme dans tout homme. Depuis des dizaines d’années déjà, des courants de formations tenant compte de certaines nécessités de la vie ont vu le jour, et ils sont tous aussi pertinents les uns autant que les autres. Toutefois, des programmes nationaux ont été érigés pour parvenir à ce concept de personnes éduquées selon les normes institutionnelles établies depuis l’existence de l’école à Madagascar. Pour cela, les cursus de formation sont jalonnés par des examens qui permettent d’évaluer le niveau de l’élève. Et c’est là que le bât blesse, d’après l’information lue dans l’Express de Madagascar sur la rubrique Education du 25/02/2016, intitulée «Des âges limites aux examens officiels» de Miangaly Ralitera stipulant que les âges limites minimum d’un enfant candidat au CEPE est de 9 ans et au BEPC de 14 ans (sic).

En tant que SENTINELLE, on se doit de sonner l’alarme sur ces velléité de l’Etat de refaire un champ d’expérimentation de mesures éducatives dont les conséquences sont hypothétiques pour la société estudiantine malgache. Il est de bon temps de rappeler ici que le changement du système éducatif que nous avons traversé pendant la malgachisation de l’enseignement fut catastrophique pour des générations d’élèves sacrifiées par les lubies de certains décideurs. Et comme les malgaches ne savent jamais tirer profit des mauvaises expériences vécues, les revoilà en train de refaire les mêmes erreurs. En effet ces adeptes de la médiocratie vont interdire aux surdoués et à ceux qui ont eu l’avantage de commencer leur scolarité un peu plus tôt que les autres, de se présenter aux examens du CEPE et BEPC sous prétexte que ces élèves ont moins de 9 ans sur le premier et moins de 14 ans sur le deuxième suscité. L’effectivité de cette décision administrative est déjà pour l’année 2016 et 2017 (sic).

Paraissant minime, ce changement apporté aux droits de concourir aux examens est d’une importance primordiale pour l’orientation idéologique de Madagascar. En effet des législateurs à la noix ont décidé et clamé de vive voix qu’ils allaient sacrifier nos élites surdoués pour servir les intérêts d’on ne sait qui…Par ces faits d’armes, on nous fait entrevoir la main mise de la médiocratie sur notre système éducatif. Avec la volonté affichée de ces dits responsables partisans du nivellement par le bas quand ils ont voué aux gémonies les potentialités intellectuelles de nos surdoués qui par ce fait verront à tout jamais leurs rêves s’envoler. Pour le respect de la démocratie, la décision inhérente à cette interdiction de se présenter à un examen ne doit pas siéger seulement au niveau du ministère et de ses directions vu l’importance du sujet qui dépasse le problème purement technique, mais concerne surtout l’orientation fondamentale de la nation en matière d’éducation. Ce projet doit alors sortir en tant que loi, et pour que cela se fasse, il doit être présenté, discuté et avalisé par notre système bicaméral (chambres haute et basse) avant qu’on la mette en application.

Encore une fois l’inconséquence de certains va nuire à l’ensemble du gouvernement qu’on va harceler sur nos colonnes jusqu'à la suppression de cette hérésie administrative. Il est inadmissible que ces diplômes qui ne sont même pas des fins en soi pour certains élèves, mais seulement une évaluation de leur niveau, puissent prendre une part aussi importante qui a pour effet de pénaliser nos jeunes surdoués ou non mais qui ont eu l’opportunité de prendre une avance dans leurs études.

Monsieur le Ministre qui est un sociologue qu’on respecte sait pertinemment que le malgache a une faculté d’adaptation qui lui permet de contourner par diverses façons bonnes ou mauvaises, toutes les embûches semées sur son chemin. Cette malencontreuse idée réductrice va générer des actions parallèles qui vont permettre aux enfants nantis concernés, de se présenter au BAC et de l’obtenir sans avoir de diplômes intermédiaires démontrant ainsi la désuétude et l’inefficacité du système éducacatif malgache. Le pire dans tout cela est que cette mesure inconsidérée va étouffer certaine prédisposition aux études d’enfants démunis. La question qui est posée est alors : «A qui profite le crime ?»

C’est un crime d’assassiner nos enfants surdoués à l’autel du nivellement par le bas qui était une pratique en cours lors des années marxisantes de Madagascar. C’est un crime d’essayer de retenir un élève dans un établissement pour un objectif mercantile. En effet Le passage obligé par tous les paliers d’un cursus de formation est une source sure de revenus pour l’école et les enseignants qui y donnent des cours privés de renforcement des acquis. C’est un crime en ces temps de la mondialisation de spolier son pays de ses intelligences productives alors que la compétition fait rage dans un monde en perpétuelle évolution. C’est un crime pour une entité de formation éducative d’étaler ainsi la preuve de leur paresse pour la correction de milliers de copies (on est d’accord que c’est un dur labeur) et d’émettre des prétextes fallacieux comme quoi bon nombre d’élèves se présentant aux examens n’ont pas le niveau requis. C’est un crime de rejeter uniquement sur les candidats libres la chute du taux de réussite d’un centre d’examen alors que d’une part les conditions d’enseignement sont devenus de plus en plus exécrables d’année en année (aux environs de 60 élèves dans une classe) tant dans les établissements publics que dans les écoles privées, et d’autre part pour pouvoir faire face à la cherté de la vie, les enseignants ont des activités multiples qui ont l’effet de diminuer leur efficacité pédagogique. La conjugaison de toutes ces dures réalités dans le milieu de l’éducation ainsi que d’autres problèmes concernant les conditions de vie qui ont trait à la survie de chaque candidat font en sorte que le taux de réussite actuel dans les examens régresse.

De par ces mesures drastiques prises par les responsables de l’éducation nationale, il est clair que pour eux, le taux de réussite dans un centre d’examen est plus important que l’avenir des enfants surdoués (sic), et cela sans état d’âme, en ne procédant même pas à une remise en question des facteurs respectifs impliqués dans le système éducatif.

On doit rappeler qu’en termes de justice «Dans le doute, Il vaut mieux relâcher un coupable que condamner un innocent». Si on extrapole cet adage au problème qui nous concerne, il est préférable d’interroger et de sanctionner par des notes éliminatoires quelques milliers de candidats qui n’ont pas le niveau requis, plutôt que de sacrifier par cette décision inopportune, les quelques surdoués qui méritent la protection de l’Etat malgache.  

Se présenter dans un examen en candidat libre est un acquis pour tous les citoyens malgaches grands et petits. Le supprimer dans ce contexte de marasme socio-économique c’est participer à la déstabilisation du pays car un fait antérieur similaire se passant dans le domaine de l’éducation s’est déjà produit causant le fameux mouvement de masse ou révolution du mois de mai 1972.

Max Randriantefy