La justice et la paix sont l’une des clés indispensables pour assurer la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD), c'est-à-dire les objectifs de lutte contre la pauvreté pour l’après-2015. Mais déjà, Madagascar, en tant que pays fragile, n’a atteint aucun des Objectifs du millénaire pour le développement ou les objectifs de lutte contre la pauvreté pour l’horizon 2015. Et maintenant, la justice et la paix sont des facteurs-clés pour les ODD. D’aucuns savent toutefois que la justice fait partie des institutions les plus corrompues du pays. Plus de 60% des Malagasy n’ont pas confiance en la justice suivant l’enquête réalisée en 2013 par le réseau de chercheurs africains indépendants ou Afrobaromètre. Ce taux n’a pas beaucoup changé depuis 2005 mais il étale au grand jour la corruption qui gangrène le système judiciaire. En effet, 57% des Malagasy sont persuadés que des juges et magistrats pratiquent la corruption. Ce taux est de 66% concernant la police. En 2014, Afrobaromètre a révélé que près de 50% des Malagasy pensaient que la plupart ou tous les policiers et gendarmes étaient impliquées dans des affaires de corruption.

Avec les juges et les magistrats donc, ces deux institutions sont perçues comme les plus corrompues dans le pays. Dans un tel contexte, il est illusoire de rêver à une réduction significative de la pauvreté sur le court et le moyen terme. Et pour cause ! Les pauvres sont les principales victimes de la corruption. Ils n’ont pas de quoi acheter un juge ou un magistrat pour avoir gain de cause. Ils sont donc supplantés par les riches qui peuvent graisser la patte à des autorités judiciaires ou de la sécurité. Au niveau mondial, on est arrivé à diviser par 2 l’extrême pauvreté mais à Madagascar, on enregistre encore un taux dépassant les 50%. De plus, le pays figure parmi les Etats fragiles, une trappe d’où il est très difficile de sortir. Car bon nombre de pays fragiles demeurent dans cet état deux, voire trois décennies après y avoir été plongés. Et Madagascar est devenu un Etat fragile depuis 2013. Il affiche ainsi une croissance économique faible, un taux de pauvreté très élevé, une corruption généralisée qui caractérise la fragilité des institutions… Le recul de la pauvreté est donc repoussé aux calendes grecques. Les dirigeants sont occupés ailleurs et laissent croupir la grande majorité des Malagasy dans la misère noire.

Concernant la paix, si le tiers du territoire était classé zones rouges en 2012, l’opération militaire « Fahalemana » est maintenant menée dans 11 régions sur 22. Ce qui signifie que l’insécurité gagne du terrain, alors que le pays est censé être dirigé par des élus. Notons que les zones rouges se caractérisent par une population éparse et un terrain difficile à patrouiller, là où toute intervention est également difficile. Ce type de terrain exige des équipements et des moyens de communication de qualité, des hélicoptères et des 4x4. Mais l’Etat préfère se plier aux caprices des députés au lieu de doter l’armée et la gendarmerie de moyens de locomotion à même de les aider à repousser les « dahalo ». Dans l’annuaire 2011 sur l’enquête sur les armes légères, Oliver Jütersonke et Moncef Kartas affirment qu’il faut des forces de sécurité disciplinées et bien entraînées pour surveiller les zones rouges. Mais ces forces le sont à peine à Madagascar.

Recueillis par Fanjanarivo